Un petit prince peut obtenir l’empire. Il suffit qu’il ait rarement recours aux supplices, qu’il diminue les impôts et les taxes… Les laboureurs bouleverseront le sol, le nettoieront avec soin des mauvaises herbes… Les jeunes gens profiteront de leurs jours de repos pour aimer leurs parents, pour respecter leurs supérieurs en âge ou en dignité, pour se montrer dignes de confiance par leur sincérité… Avec leurs bâtons ils repousseront les soldats des principautés voisines, leurs cuirasses, leurs armes bien affutées
Mn 6
Meng tzeu a dit au prince : »Quelle est la différence entre tuer un homme à coups de bâton ou avec un coup d’épée ? » Le prince dit : « Hum.. » « Aucune. Vos réserves sont pleines de grains, vos cuisines de viande. Pourquoi trouve-t-on des morts sur le chemin qui mêne à votre palais ? Pourquoi vos sujets sont-ils si faméliques ? » »Je ne sais pas » dit le prince « Ne faites-vous pas dévorer vos sujets par les animaux que vous engraissez à leurs frais ? » »Là vous exagérez » « Nous n’aimons pas trop voir les animaux se dévorer entre eux. Une administration tyrannique livre les humains en pâture aux animaux » « Je vous remercie, monsieur le conseilleur »
Mn 5
Prince, vos chiens et vos cochons mangent les grains du tribut. Sur les chemins on rencontre des humains morts de faim. Vos greniers sont pleins. Vous ne distribuez rien aux indigents.
Des humains meurent de faim. Vous dites que c’est la faute à la mauvaise récolte. Vous tuez avec votre glaive et vous dites que c’est la faute du glaive.
Er 79
Madame surprit son mari
Avec une maîtresse
Le pauvre s’avisa de tout lui dire
Surtout qu’il en avait deux autres
L’ignorant ! Ne savait-il pas
Qu’une femme sur ce point n’entend pas raillerie ?
Supposé qu’en son coeur
La situation lui plaise,
Il lui faut pour ce qu’elle croit son honneur
Contrefaire la furie
Penser à une vengeance extrême
Je souhaiterais être femme
Pour comprendre jusqu’où la dame
Poussa son dépit apparent
Et pourtant réel
Honte dépit courroux
Et même par un repli du destin amour
Complotèrent de concert
Pour amener madame à la décision suprême
Le voisin était avenant et bien fait
Jeune de surcroit
C’est avec lui que la belle dame
Trompa son mari
Elle fut enfin contente
Réconciliée avec elle-même
Mais en apparence
Non pas avec son mari
Qu’elle fit complaisamment chanter
Il lui offrit des égards nouveaux
Des bijoux une automobile
Et surtout un remords obscur
La condition humaine est fondée
Sur l’ambivalence et l’ambiguïté
Pourquoi ne pas en rester aux apparences ?
Mn 4
Si le prince veille sur l’éducation donnée dans les écoles, principalement la piété filiale et le respect dû à l’âge, on ne verra pas, par les chemins de notre belle principauté, des êtres humains à tête grise ou blanche porter des fardeaux sur les épaules ou sur la tête. Un prince , grâce à qui les vieillards de plus de septante ans portent tous des vêtements de soie et mangent tous de la viande, obtient la gratitude générale et l’envie des souverains voisins.
Mn 3
Je modernise Mencius, peut-être à l’excès. Il suffit de remplacer « républicain » par « royal » :
Monsieur le président, renoncez à votre guerre de conquête. Elle suscitera d’autres guerres. Surtout ne prenez pas sur le temps des travaux des champs. On récoltera plus de grains qu’on n’en pourrait consommer. L’excédent on le mettra en réserve ou on l’enverra à l’étranger. Pas de pêche au filet dans les étangs. On aura davantage de poissons et de tortues. En dehors d’une période limitée, on n’abattra pas les arbres des forêts. Ainsi les vivants seront nourris, les morts seront honorés, l’avenir sera assuré. J’ai résumé un principe essentiel pour un gouvernement vraiment républicain.
Er 78
J’habitais un village désormais peuplé de citadins. Au seul café-tabac du coin je remarque une petite fille debout, isolée. Un homme passe devant elle. Elle met ses mains devant son sexe, à la fois fière et honteuse, le regard baissé. D’après la sympathique tenancière, la petite a treize ans, elle vit seule avec sa mère. Je fais part de mes soupçons. Elle n’est pas surprise, elle incrimine un oncle, peintre sur verre. Peu après, elle me montre l’oncle en question, grand, gris, maigre, l’air absorbé. Trois ans plus tard, de retour dans ce faux village, je n’ai pas reconnu la petite fille dans une magnifique créature, très assurée d’elle-même. L’oncle, me dit-on, se laisse dépérir. Il ne vend plus ses peintures sur verre. Selon la tenancière, madame R., à peine vieillie, la belle jeune fille, interrogée par elle sur son passé, aurait dit : » je croyais que c’était pour faire plaisir ».
Comment madame R., la cafetière, sait-elle autant de choses ?
Er 77
Nous avons invité à dîner le supérieur direct de mon mari à la banque. Ce mec est, parait-il, un coureur de jupons. En tout cas j’estime avoir fait un bon dîner.
Tout est gentil, poli. Mais le mec demande à mon mari d’aller chercher le cadeau qu’il a oublié au bureau. Mon mari s’exécute, je me demande parfois s’il a des couilles.
Comme prévu le supérieur m’entreprend presque violemment. J’hésite. En définitive je me laisse faire. J’ai prévu de faire semblant de prendre du plaisir. Rien ne vient. Je reste stoïque.
Le supérieur se rajuste faisant semblant de ne pas être embarrassé, un peu morose simplement, avec un sourire de convenance. Moi aussi je souris.
Mon mari rentre, m’interroge des yeux. Du doigt je montre le mec qui me donne le cadeau, trois roses. Je remercie aimablement. Le supérieur prend congé rapidement en me jetant à peine un regard en dessous.
Le mari m’avise interrogateur. « Il ne s’est rien passé. je ne dois pas lui plaire ». Mon mari ne m’a pas baisée cette nuit là.
La folie est plus proche de l’humain que la sagesse. J’ai raconté ma mésaventure à mamie. Elle a ri ! C’est fou ce qu’elle a ri !
Mon mari n’a pas eu sa promotion. Il est resté bon garçon.
Mn 2
Meng tzeu dit Mencius :
Je me suis déplacé jusqu’au palais. J’y ai surpris le président fort occupé à contempler des oies et des cerfs. S’il est sage, cette occupation est sage. S’il ne l’est pas, elle est folle.
Le président, au bord du bassin des esprits, a fait édifier la tour des esprits aux frais du peuple. Le peuple en est très content. Le président regrette que son bassin ne soit pas un lac et que sa tour ne gratte pas le ciel.
Mn 1
Nous commençons la série annoncée, codée Mn, sur Mencius, le successeur, ouvert et optimiste, de Confucius :
Pourquoi parlent-ils tous de pouvoir et d’argent ? Même quand ils n’en parlent pas ils en parlent. Si le pouvoir en parle les riches en parlent. Si les riches en parlent les pauvres en parlent. Si tout le monde en parle tout le monde est en danger, en grand danger.
Jamais un homme de bien n’a abandonné ses parents, jamais un homme de justice n’a préféré ses intérêts particuliers à ceux de sa patrie. il nous faut parler enfin d’humanité et de justice. Oublions les richesses et le pouvoir.