MK 85

L’homme de bien respecte trois phénomènes, les décrets du Ciel, les hommes éminents et les paroles d’un sage. L’homme de peu ne craint pas la volonté du Ciel parce qu’il ne la connait pas, ne respecte pas les hommes éminents, tourne en dérision les paroles du sage
Le premier rang appartient à ceux qui naissent avec le savoir, le deuxième à ceux qui doivent étudier pour l’acquérir, le troisième à ceux qui doivent déployer des efforts surhumains pour l’acquérir. Le dernier rang est tenu par ceux qui n’ont ni intelligence ni volonté d’apprendre
L’homme de bien a souci de neuf choses : bien voir ce qu’il regarde, bien entendre ce qu’il écoute, respirer la bienveillance, la déférence, l’honnêteté, le sérieux. Il demande conseil dans le doute, il pense aux conséquences d’un accès de colère. Dans sa recherche du profit, il garde le souci du Juste.
J’ai vu mettre en pratique la crainte de ne pas parvenir au Bien, la terreur devant le pire comme devant de l’eau bouillante. Je n’ai encore jamais constaté la volonté de vivre inconnu pour rejoindre l’idéal, de pratiquer le Juste afin de répandre sa Voie.
A sa mort, un fameux duc laissait des milliers de chevaux, mais pas la mémoire d’une seule vertu. On garde encore le souvenir de deux frères incapables de rancune.
Confucius tenait aux Odes, aux rites et au juste rapport qu’un père doit avoir avec son fils*
On appelle la Dame l’épouse du prince **

* Paragraphe très résumé
** Paragraphe probablement controuvé. Pour une fois que Confucius parle des femmes…

MK 84

Livre XVI : Les trois bienfaits et les trois maux

Il est fréquent de justifier un procédé indélicat sans en avoir l’air, de façon oblique.
Les chefs d’Etat ou de grande famille doivent moins se soucier du petit nombre de leur dépendants que du manque d’équité, moins de leur mécontentement que de leur dénuement.
Il convient d’attirer les populations éloignées grâce à la culture *
Lorsque la Voie règne sous le Ciel, les ministres ne décident pas de la politique et le peuple n’en discute pas *
Si les revenus ne parviennent plus au duc, que les ministres gouvernent à sa place, le déclin est profond et inéluctable
Les amitiés profitables sont celles des hommes droits, sincères, de grand savoir, les amitiés nuisibles sont celles des hommes faux, obséquieux, beaux parleurs
Les plaisirs profitables sont ceux d’un belle ordonnance des rites et de la musique, la compagnie d’amis nombreux et de valeur, enfin d’en dire du bien. Les plaisirs nuisibles sont le luxe somptuaire, une oisiveté crapuleuse, une noce perpétuelle.
Les trois fautes à ne pas commettre devant un homme de qualité sont la précipitation, parler avant qu’il ne vous y invite ; la dissimulation, se taire alors qu’il vous invite à vous exprimer ; l’aveuglement, parler sans guetter les expressions de son visage
L’homme de bien se prémunit contre trois maux : jeune, la débauche, liée au sang et au souffle ; mûr, la rivalité belliqueuse ; vieux, quand tout est tari, la cupidité

* Les quatre premières phrases sont les résumés très abrégés des articles de Confucius à fort caractère historique.

MK 83

L’homme de bien garde sa dignité et ne pousse pas à la bagarre. Il est sociable sans être de parti pris.
Je ne peux absolument rien pour qui ne se demande pas constamment que faire et comment le faire ? *
Je n’ai jamais loué ou blâmé quelqu’un à outrance
Un véritable historiographe laisse des blancs là où il y a des zones d’ombre
Un beau discours prend aisément le vice pour la vertu. L’impatience compromet aisément les grands desseins
Le jugement de la foule demande à être vérifié
L’homme par sa seule volonté peut élargir la Voie. Il n’y a pas de Voie pour élargir la volonté d’un homme qui en manque
La vraie faute est de commettre une faute et ne pas s’en corriger
Il m’est arrivé de ne pas manger de toute la journée et de ne pas dormir de toute la nuit pour méditer, soi-disant. Rien ne vaut l’étude.
L’homme de bien conduit sa barque en fonction de la Voie et non de ses intérêts matériels. il peut réussir ou échouer, en cultivant la terre, en faisant des études, seule la Voie n’échoue jamais
Qui connait la vérité de façon purement intellectuelle, sans humanité, est voué à la perdre. Qui la connait de façon intellectuelle, avec humanité, mais sans esprit de sérieux, ne sera pas reconnu par le peuple. Qui connait la vérité avec son intellect, avec humanité, avec sérieux, mais ignore le rituel, n’est pas parfait
Les capacités de l’homme de bien se jugent aux hautes tâches, celles de l’homme de peu aux petites
Ne le cède à personne en matière d’humanité, même pas à ton maître
L’homme de bien est pur, mais pas prude, droit, mais pas rigide
Au service du prince, pense à ton devoir avant ton salaire
Le maître : Je suis au service de tous, je suis au service de tous sans distinction
Si nos voies divergent en profondeur, il est inutile de discuter
Le langage n’a pas d’autre fonction que de communiquer
Le grand maître de musique vient en visite. Le maître lui indique des détails concrets, à commencer les marches, pour finir les hommes présents, parce qu’il est aveugle.

* Ces deux préceptes en redoublent deux du précédent article. Mon initiative.

MK 82

Le maître affirme que, pour gouverner un pays, il convient d’adopter un calendrier, un char impérial, la coiffe rituelle, une musique traditionnelle, ainsi que sa gestuelle. Il convient également de bannir les musiques dites de variétés et, surtout, les beaux parleurs, danger mortel pour l’Etat
Qui ne voit pas au loin sera bientôt dans l’embarras
Verrai-je un jour le désir de vertu aussi fort quel le désir charnel ?
Ne dirait-on pas que celui qui refuse un poste au candidat qui le mérite usurpe sa fonction ?
Exige beaucoup de toi-même et peu des autres, tu ne rencontreras ainsi aucune animosité
Je ne peux pas aider quelqu’un qui se lamente sur son sort
Il y a des gens qui passent toute une sainte journée en bavardages et petits jeux. Triste spectacle !
L’esprit de justice est la substance même de l’homme de bien. Il met son équité en pratique par les rites et en lumière par son humilité. Il inspire la confiance
L’homme de bien craint beaucoup plus de manquer de capacités que de les voir ignorées
Une vie exemplaire redoute de ne pas laisser de trace*
L’homme de bien attend tout de lui-même, l’homme de peu tout des autres
L’homme de bien est sociable sans être de parti-pris. Il ne pousse jamais à la querelle tout en gardant sa dignité
L’homme de bien ne choisit personne pour ce qu’il dit de juste et ne rejette pas ce qu’il dit de juste à cause de ce qu’il est.
Le mot mansuétude peut guider toute une existence. Ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse, ne le fais pas à autrui.

* Y-a-t-il là une légère contradiction dans la pensée du maître ? En fait elle est dans la réalité, celle des Anciens

MK 81

Livre XV : L’homme de bien

Interrogé sur le maniement des troupes, le maître répondit qu’il s’y connaissait en vases rituels
Les vivres vinrent à manquer. Les disciples s’affaiblirent. L’un d’eux se plaignit au maître: « Comment cette faiblesse peut-elle se produire chez les hommes de bien ? » Confucius répondit : « Les hommes de bien peuvent tomber dans la détresse, mais alors ils réagissent avec courage »
Le maître à un disciple : « Tu penses que j’ai beaucoup appris et beaucoup retenu ? En fait je n’ai eu qu’une idée, mais elle relie le tout
Rares sont ceux qui connaissent la puissance de la Vertu
Qui, mieux que Shun*, sut gouverner par le Non-Agir ? Il lui suffisait de siéger face au Sud pour faire régner la paix
Pour s’imposer, il faut être loyal, digne de foi dans ses paroles, sérieux, honnête dans ses actions. Ainsi tu t’imposeras même chez les barbares. Sinon, même dans ton village, tu n’auras l’estime de personne.
Cette règle d’or fixe la partout, par exemple au joug de ton char. Le disciple l’inscrit immédiatement sur sa ceinture.
Le maître : « J’ai connu un historien d’une rare probité, que la Voie régnât ou non. J’ai connu un homme de bien qui cessa d’être au service de l’Etat quand la Voie fut trahie.
Ne rien dire de la Voie à un homme capable de comprendre, c’est gâcher un homme. En parler à un homme incapable de comprendre, c’est gâcher ses mots.
L’homme d’humanité, adepte résolu de la Voie, sacrifierait sa vie pour que vive l’humanité.
Un souverain doit aiguiser ses outils comme un artisan, bien choisir ses ministres, avoir pour amis des hommes de bien, remplis d’humanité.

* Shun, nom d’un personnage réel.

MK 80

A ayant calomnié B auprès de C, D s’en plaint auprès du maître. Celui-ci dit : « La Voie l’emporte si tel est le décret du juste ciel. La Voie ne l’emporte pas si tel est le décret du juste ciel »

Il est des sages qui vivent retirés du monde. La pureté des uns fuit la corruption des âges. Le confort d’autres préfère des terres nouvelles. La convenance suffit aux derniers.
Le maître dit : « De ceux-là j’ai déjà ma dose »

Un disciple se présente à la Porte de Pierre. Le gardien lui demande d’où il vient. « De chez Confucius »
 » Ah ! Celui qui veut sauver ce qui est perdu d’avance ! »

Le maître jouait des pierres musicales. Un passant a dit : « Il en a gros sur le coeur celui qui joue ainsi » « Quel entêtement dans ce son monotone ! » « Si personne ne reconnait son talent, qu’il fasse donc autre chose ! ». Le passant a ajouté deux vers des Odes : « En eau profonde passe habillé / En eau basse retrousse ta robe ».
Le maître dit : « Vues ainsi les choses sont faciles en effet »

Dans les temps anciens l’empereur restait au secret pendant les trois ans de son deuil officiel, après la mort de son prédécesseur, sans parler, dans une cabane. Tous les ministres, à commencer par le premier, assuraient leur office.

Tant que les gouvernants sont attachés au rituel, les peuples sont aisés à gouverner.

Que faire pour devenir un homme de bien ?
Cultiver la gravité, le sérieux qu’impose toute tâche
Quoi de plus ?
Cultiver le don de réconforter les autres
C’est tout ?
Cultiver le pouvoir de donner au peuple paix et joie et c’est le plus difficile

Confucius dit du type accroupi sur ses talons qui l’attend : « Jeune, il n’avait pas de respect pour ses ainés. Adulte, il ne présentait rien. Vieux, il bouche le chemin ». Le maître donne un coup de canne sur les mollets du type.

Le maître dit d’un jeune garçon : « J’apprécie sa façon de se tenir au milieu des adultes »

MK 79

Confucius reçut un messager qui lui donna des nouvelles d’un ami : « Il s’efforce de diminuer ses défauts. Il a du mal ». Confucius s’exclama : « Le bon messager que voilà ! »
Qui n’est pas appelé à occuper un poste ne s’en occupe pas
L’homme de bien ne se permet pas, même pas en rêve, de déserter son poste
Il est honteux pour un homme de bien de laisser sa parole dépasser son action
Le maître dit : « Je suis encore incapable de pratiquer les trois chemins de la Voie, c’est à dire l’humanité qui chasse l’inquiétude, la sagesse qui chasse l’incertitude, la bravoure, last but not least*, qui chasse la crainte »
Un disciple avait pour habitude de critiquer les autres. Le maître dit : « Il critique parce qu’il est parfait, ce que je ne suis pas »
Ne te soucie pas de voir ton talent ignoré, soucie toi plutôt de ne pas en avoir assez
Est supérieur celui qui ne s’attend pas être dupé ou soupçonné, mais qui s’en rend compte à temps
Un vieil ermite interrogea le maître : « Pourquoi volètes-tu en t’égosillant de vaine éloquence ? ». Le maître : « j’e n’ai aucune prétention à l’éloquence, mais je sais ce qu’est un esprit obtus »
J’ai connu un cheval qui brillait plus par sa force de caractère que par sa force physique
C’est à la vertu de répondre à la vertu, à la droiture de répondre à une offense
Je suis méconnu de tous. Mon étude est certes modeste, mais son ambition est élevée…

* Ajout de G.D.

MK 78

Un duc fit assassiner son frère que son maître honoré suivit dans la mort. Cependant le grand Guan Zhong* rassemblait les vassaux sans recourir aux armes. Il ne manquait pas d’humanité en restant en vie au service du duc assassin.
Sans Guan Zhong nous serions coiffés et habillés comme des Barbares. Devait-il donc s’étrangler dans un fossé au milieu de l’indifférence générale ?
L’homme accompli sait promouvoir les subordonnés
Un duc qui s’écarte de la Voie ne ruine pas son pays s’il a de bons ministres, surtout aux affaires étrangères, aux affaires religieuses, aux affaires militaires.
Plus les résolutions sont grandioses, plus leur exécution est difficile.
Un ministre assassina son duc. Dans une autre principauté le maître Confucius ( que nous honorons tous ) alla voir son duc pour lui demander de châtier le ministre assassin. Le duc renvoya le maître aux trois seigneurs les plus importants. Confucius s’inclina : « J’ai fait partie de la suite ministérielle. Il était de mon devoir de vous poser la question » .
Confucius se présenta aux seigneurs : « J’ai été de la suite ministérielle. Il est de mon devoir de vous poser cette question ». Sa requête fut rejetée.
Loin de tromper ton prince, apprend à lui opposer la vérité.
La voie de l’homme de bien tend vers le haut, la voie de l’homme de peu tend vers le bas.
Autrefois on s’instruisait pour se parfaire, aujourd’hui on s’instruit pour se répandre.

* Ce nom est exact. Jusqu’alors je n’ai utilisé, en dehors de celui de Confucius, que des noms de fantaisie.

MK 77

Livre XIV : Les contemporains

Il importe peu que tu reçoives ton salaire. Ce qui importe, c’est que le pays soit gouverné selon la Voie.
Vivre libre de toute volonté de pouvoir, de toute vantardise, rancune, convoitise, c’est déjà difficile, mais atteindre l’humanité ?
Un homme de bien trop attaché à son bien-être n’est plus un homme de bien.
Si un pays suit la Voie, tu peux parler et agir librement. Sinon, sois prudent.
La force morale peut s’accompagner d’éloquence, l’éloquence ne s’accompagne pas nécessairement de force morale.
L’homme pourvu d’humanité est brave, le brave n’est pas forcément doté d’humanité.
L’un excellait au tir à l’arc, l’autre était si fort qu’il poussait un bateau sur la terre ferme, il moururent tous deux de mort violente. J’en ai connu deux qui n’eurent d’autre mérite que de participer aux travaux des champs, ils furent maîtres de l’univers.
Un homme de bien peut manquer d’humanité, un homme de peu en manque toujours
Avoir de l’affection pour quelqu’un, c’est exiger beaucoup de lui. Etre loyal envers quelqu’un, c’est le conseiller.
Pour avoir un bon édit, il faut proposer un projet, le reprendre et le réviser, en raffiner le style, apporter une touche finale. Chaque opération peut être le fait d’une personne différente.
J’ai connu bien des personnes. L’un généreux, un autre qui a refusé mes services. J’en ai connu un qui avait un tel prestige qu’il pouvait s’emparer d’un fief sans que personne ne s’en plaigne.
Il est difficile de vivre pauvrement sans ressentiment. A côté rouler sur l’or sans arrogance est facile.
Un bon intendant ne fait pas un bon ministre.
Un homme complet est prudent, probe, brave, compétent et de plus il pratique les rites et la musique. Mais aujourd’hui on n’est pas aussi exigeant. On peut se contenter d’un homme qui, au nom du Juste, peut aller jusqu’à mettre sa vie en jeu, qui, en tout cas, ne renoncerait pas, pour tout l’amour du monde, à de vieilles promesses.
On disait d’untel qu’il ne parle qu’au moment opportun, donc on ne se lasse pas de ses paroles, qu’il ne rit que s’il est joyeux, donc on se lasse pas de son rire, qu’il n’accepte rien, donc il est accepté. Le maître intervint : « Tout cela est-il bien vrai ? »
Je ne peux croire qu’on obtienne certaines choses sans exercer de pression.
Autant certains usent de ruse et de stratagèmes, autant d’autres usent de franchise et de droiture.

MK 76

Nous manquons de disciples et d’adeptes épris du juste milieu. Il nous faut nous rabattre sur les impétueux et les scrupuleux, les impétueux vont de l’avant, les scrupuleux savent ce qu’il ne faut pas faire.
Selon les gens du Sud, qui n’est pas constant dans ses principes ne fera ni un chaman, ni même un guérisseur. Ils ont raison : qui ne pratique pas la vertu de la persévérance n’échappe pas au Néfaste.
L’homme de bien est dans l’harmonie sans besoin de compromis. L’homme de peu est dans le compromis sans trouver l’harmonie.
Il ne prouve rien d’être aimé ou haï de tous ses voisins. Ce qui importe, c’est d’être aimé des bons et haï des mauvais.
L’homme de bien est facile à servir et difficile à flatter. L’homme de peu est difficile à servir et facile à flatter.
L’homme de bien sait distribuer les tâches. L’homme de peu veut que chacun fasse ce que lui veut.
L’homme de bien est naturellement un seigneur. L’homme de peu prend des grands airs.
Est près de l’humanité cela qui est droit, résolu, simple, avare de mots.
Un homme de bien est à la fois exigeant et bienveillant, exigeant envers ses amis, bienveillant envers ses frères, et toujours critique.
Si un bon souverain règne sept ans, le peuple fera face même à la guerre. En l’absence d’un tel règne, le peuple courra à sa perte surtout en cas de guerre.