La classe bourgeoise, au pouvoir dans le mode de production capitaliste, envoie très généralement aux fonctions politiques, non pas des capitalistes, mais des avocats, des juristes, des médecins, des professionnels de la chose politique… Les Américains ont innové en envoyant à la Maison Blanche un milliardaire, enrichi dans l’immobilier, au langage cru et cynique qui est celui de sa caste de riches récents. Il ne s’agit pas ici d’une aristocratie comme celle du Nord-Est.
Trump est dangereux, mais la Constitution américaine est très forte, La plupart des électeurs de Trump lui sont très attachés. N’oublions jamais que depuis le XVIII° siècle la Constitution des Etats-Unis est constitutive de la Nation américaine.
MK 94 : Formules
On peut manquer d’instruction mais pas d’éducation*
Le savoir est simple la connaissance complexe*
On ne connait pas l’homme mais des humains
Le Yin s’intériorise Le Yang s’extériorise*
Grâce au doute l’homme peut être libre*
L’être humain est un animal doctrinaire*
La piété est plus que la pitié
Ne pas faire à autrui ce qu’on ne veut pas qu’il vous fasse
La vertu est solidaire il n’y a pas de vertu solitaire
L’humanité est plus que le fait d’être un être humain
Tout passe comme l’eau des fleuves
Qui n’occupe pas un poste ne s’en occupe pas
Etre le plein qui parait le vide
L’humanité, c’est aimer les hommes. La sagesse, c’est connaître les hommes
Vivre ce que l’on peut vivre au moment où on le vit
Gouverner c’est tenir le gouvernail
Nature et culture sont indispensables
Un bon historien laisse des blancs là où il y a des zones d’ombre
Le langage n’a pas d’autre fonction que de communiquer
Le désir de vertu est moins fort que le désir charnel
Exige beaucoup de toi même et peu des autres
Je n’ai qu’une idée, mais elle relie le tout
Une idée est de gouverner sans avoir à agir
Le juste l’emporte sur le brave
La vraie faute est de commettre une erreur et de ne pas s’en corriger
* Formule de GUY DHOQUOIS
P.S. : Les autres formules sont de Confucius y compris celles qui ont un écho européen comme le temps vu comme un fleuve à la façon d’Héraclite et le » ne pas faire à autrui ce qu’on ne veut pas qu’il vous fasse ». Je rappelle que pour moi l’adage complet est : « Fais à autrui ce que tu veux qu’il te fasse; Ne lui fais pas ce que tu ne veux pas qu’il te fasse »
MK 93 : Analyse
Avec l’article MK 92 s’est terminée notre adaptation des « Entretiens » de Confucius, de maître Kong qui est né en 551 av. JC., est mort en 479 av.JC.., toujours dans la petite principauté de Lu, centrale dans la Chine de l’époque, la Chine du Nord.
Nous avons respecté la traduction du professeur Anne Cheng en gardant une liberté certaine d’interprétation. Nous avons omis les détails historiques, dont les noms propres, pour nous concentrer sur les dimensions éthiques de l’oeuvre du maître chinois.
Nous allons imaginer quelque chose de l’immense histoire de la Chine depuis le III° millénaire avant le Christ, histoire quasiment purement chinoise, entourée seulement de Barbares. Histoire paysanne, rurale, patriarcale.
Cette gigantesque histoire s’est peu à peu développée, sans rupture, sans solution de continuité. Confucius est un héritier, particulièrement favorable aux traditions, aux moeurs et aux rites des anciens. Confucius ne voit aucun conflit entre lui et la Tradition, son rôle étant de la couronner en insistant sur les rapports sociaux, les relations de pouvoir, très développées à son époque de division extrême de la Chine en principautés rivales, sous la domination devenue très lointaine de la dynastie des Zhou ( ancienne orthographe française : Tchéou ). Epoque dite des « Printemps et des Automnes ».
Confucius est donc l’héritier de textes importants, les Odes, chef d’oeuvre de poésie, qu’il cite souvent, le Yi-king, « livre des changements » ( des « mutations », des « métamorphoses » ), magnifique traité de psychologie comportementale, à portée universelle, que l’école confucéenne a heureusement complétée et que le maître cite aussi.
Confucius est également l’héritier du Tao tö-king, le livre de la Voie et de la Vertu, que j’ai pour ma part adapté cet été 2016 dans mon blog, et qui reflète la tradition populaire, mais qui a des démêlés avec les « gouvernants », ce que va reprendre Confucius, de façon beaucoup plus élitiste.
Le personnage légendaire de Lao tzeu, auteur présumé du Tao tö-king, serait né vers 590 av.JC., aurait été archiviste, puis un sage retiré, avant de prendre le chemin de l’exil. Confucius a été un maître errant, à la recherche d’un emploi, jusqu’à sa mort, laissant ses « Entretiens », qui nous sont parvenus en bon état, surtout les neuf premiers, sauf les cinq derniers, mais qui reflètent des éléments essentiels de la si importante école confucéenne.
MK 92
Livre XX : Le mandat céleste
Résumé extrême : Le plus grand souci de ce grand roi était que le peuple eût assez à manger et que fussent dûment observés les rites de deuil et de sacrifice. Par sa grandeur d’âme, il suscita l’adhésion du peuple, par son honnêteté sa confiance, par sa diligence sa réussite, par sa justice son bonheur
On demanda à Confucius ce qu’on doit faire pour bien gouverner. Il répondit : « Il suffit d’honorer les cinq qualités et de bannir les quatre défauts.
L’homme de bien est généreux sans gaspillage. Il fait travailler le peuple sans susciter de rancune. Il a des aspirations sans convoitise. Il est grand seigneur sans grands airs. Il est imposant sans être intimidant.
L’homme de bien favorise ce qui profite au peuple et ainsi évite le gaspillage. Il n’assigne que des tâches dont le peuple est capable, il évite ainsi les doléances. Il aspire à l’humanité, il ne convoite pas. L’homme de bien ne se permet aucune négligence, devant un groupe petit ou grand, à propos de choses mineurs ou importantes. Il est un grand seigneur sans grands airs. L’homme de bien est rigoureux dans sa coiffe et ses vêtements, dans son regard. Ainsi impressionne-t-il même de loin. Il en impose sans intimider
Que sont les quatre défauts ? La tyrannie, c’est de punir de mort plutôt que d’instruire. L’oppression, c’est de ne pas donner un avis sur un travail avant qu’il se termine. L’arbitraire, c’est être lent dans les ordres, prompt dans l’exigence. La mesquinerie, c’est donner son dû à quelqu’un avec parcimonie.
Il faut reconnaître le Décret Céleste pour être homme de bien. Il faut maîtriser les rites pour s’affirmer. Pour connaître les hommes, il faut connaître la valeur des mots.
MK 91
Les disciples sont autant de plantes et d’arbres qu’il faut traiter chacun selon son espèce. Il faut joindre les branches aux racines, c’est à dire la fin au début, apanage de la sagesse suprême
Tu t’es acquitté de ta fonction, consacre-toi à l’étude. Tu estimes avoir assez étudié, consacre-toi à une fonction
Le deuil va jusqu’à l’affliction, mais pas plus loin
Un disciple aime s’attaquer au difficile, mais ce n’est pas encore de l’humanité
Un certain disciple en impose tellement qu’il devient difficile de travailler l’humanité avec lui
Celui qui n’a pas été au bout de lui-même y sera poussé par la mort de ses parents
La piété filiale d’un riche homme était telle qu’il ne changea ni les conseillers ni les méthodes de son père
Les gouvernants ont perdu depuis longtemps la Voie et le peuple sa cohésion. Quand vous élucidez une accusation, ayez d’abord de la compassion
L’homme de bien craint de tomber bas et de se voir imputer tous les crimes de l’univers
Les fautes de l’homme de bien sont comme les éclipses du soleil ou de la lune, quand l’astre disparait tous s’en aperçoivent, quand l’astre revient, tous s’en aperçoivent
La Voie n’est pas tombée dans l’oubli. Elle vit toujours parmi les hommes. Les plus sages en ont les principes, les moins sages des détails. Pas besoin d’un maître déterminé
Un disciple déclare : « Le mur de mon humble demeure monte jusqu’à l’épaule. Celui de la maison de Confucius mesure la hauteur de plusieurs hommes. Il faut en trouver l’entrée, ce qui ne se fait que rarement
Il est ridicule de vilipender Confucius. A côté de cette montagne il n’y a que des collines. Confucius est un astre, soleil ou lune. Personne ne l’effleure
L’homme de bien peut révéler d’un mot sa sagesse et d’un mot son manque de sagesse
Le maître ne peut pas plus être égalé que l’on ne peut atteindre le Ciel par une échelle
MK 90
Livre XIX : L’enseignement des disciples
Au nom du Juste, être prêt à mettre sa vie en jeu ou renoncer à un bénéfice, éprouver un recueillement profond lors d’un sacrifice et une affliction réelle dans le deuil, que demander de plus à un homme de bien ?
Il en est qui pratiquent la Vertu sans l’élargir, qui se fient à la Voie sans s’y engager. Ils ne m ‘intéressent pas
Un faux adage est : « Fréquente ceux qui sont fréquentables, ne fréquente pas ceux qui ne le sont pas ». Ca ne marche pas comme ça. L’homme de bien a certes du respect pour les hommes de valeur, mais il est tolérant. Il admire les excellents, il a de la pitié pour les incapables… Si je me trouve supérieur aux autres, pourquoi ne pas être tolérant ? Si je leur suis inférieur, c’est à eux de me tenir à distance.
Les arts les plus humbles ne sont pas méprisables. Mais il ne faut pas les rattacher aux plus nobles ambitions
Aimer l’étude, c’est être conscient de ses lacunes et conserver ses acquis
Développer ses connaissances sans perdre de vue son but, interroger sans cesse pour mieux se connaître, voilà déjà l’humanité
Un artisan vit dans son échoppe pour perfectionner son art, un homme de bien vit dans l’étude pour se parfaire dans la Voie
L’homme de peu qui commet une faute fait son possible pour la dissimuler
L’homme de bien a l’air sévère de loin, de près son visage est aimable, quand il parle, il est rigoureux, infiniment respectable. Si je compte bien, ça fait trois visages
L’homme de bien ne fait travailler le peuple que si celui-ci lui fait confiance. Faute de quoi le peuple se sent exploité. Il ne présente de remontrance au souverain que s’il a mérité sa confiance.
Ne pas transgresser les principes permet seul une marge de liberté dans les détails
MK 89
Selon un disciple, refuser toute fonction signifie nier le rapport social entre les jeunes et les vieux, entre un souverain et ses ministres. Comment laisser l’anarchie s’installer dans le Grand Ordre social ? Si les hommes de bien exercent une fonction, c’est pour maintenir ce rapport. Inutile de leur rappeler que la Voie ne règne plus
Certains refusèrent de faire des concessions et choisirent la retraite, d’autres firent ces concessions, montrèrent respect et prudence, d’autres encore se permirent du fait de leur retraite une grande liberté de parole avec pureté et équilibre. Je considère que nous avons beaucoup de choix
Dans une principauté les musiciens partirent en exil dans des directions différentes
Un bon souverain n’abandonne pas ses proches, ne laisse pas ses ministres sans fonction, hésite à renvoyer ses serviteurs, ne demande pas à un seul homme de savoir tout faire
Au début de la grande dynastie des Zhou brillèrent quatre séries de jumeaux, ainés, seconds, cadets, benjamins
MK 88
Livre XVIII : Les ermites
Un seigneur préféra quitter la cour du tyran, un autre fut réduit à l’esclavage pour avoir osé faire une remontrance et un autre condamné à mort. Confucius vit en eux trois des hommes d’humanité.
Un homme de bien était magistrat et fut destitué plusieurs fois. On lui conseilla d’aller voir ailleurs. « Si je sers les hommes selon la Voie droite, je serai destitué où que j’aille, si j’utilise une voie détournée, autant que je reste chez moi »
Un duc ne savait pas trop quel rang attribuer au maître. Il avoua ne pas savoir quoi faire des services de Confucius. Celui-ci préféra quitter le pays.
Un duc envoya à l’un de ses collègues une troupe de belles musiciennes. Il n’y eut pas d’audience pendant trois jours. Confucius quitta le pays.
Confucius croisa, monté sur son char, le fou du prince qui chantait à tue-tête le danger qu’on court à faire de la politique. Le maître s’arrêta, descendit de son véhicule pour bavarder un instant, mais le bouffon s’enfuit
Confucius passait par les champs; il envoya un disciple demander la position du gué à deux paysans courbés qui travaillaient. Le premier répondit que celui qu’on venait de nommer Confucius devait savoir où était le gué. Le second affirma que le même flot emporte tout et tous à gros bouillons. Puis : « Plutôt que de suivre un mec qui louvoie de droite à gauche, des uns aux autres, il vaut mieux s’attacher à l’un de ceux qui se sont retirés du monde, à un ermite ». Là-dessus les deux courbèrent la tête sur leur travail. Leurs propos ayant été rapportés au maître, celui-ci dit en soupirant : « Peut-on s’en tenir à la seule compagnie des bêtes et des oiseaux ? Que puis-je faire si je ne peux trouver aucune aide chez un être humain ? Si la Voie régnait sous le Ciel, chercherais-je à y changer quelque chose ?
MK 87
Ces faquins ! ils font tout pour obtenir un poste, puis ils vivent dans la hantise de le perdre
Autrefois l’impétuosité n’était qu’intolérance devant de menus contraintes, elle est aujourd’hui licence débridée. L’orgueil était collet monté, il est maintenant violence irascible. La simplicité était garantie de droiture, elle est aujourd’hui imposture
Mine débonnaire et belles paroles sont rarement les signes de la vertu
Je vois des dégénérescences partout, dans la mode vestimentaire, la musique, grâce à des calomnies répandues
J’aimerais me passer de parler. Le Ciel a-t-il besoin de parler ?
Lorsqu’un importun fut éconduit sur l’ordre du maître, sous prétexte de maladie, celui -ci chanta de façon à ce que l’autre l’entende au moment de sortir
Le deuil de trois ans après la mort des parents est universel de même qu’un bébé met trois ans pour sortir du giron de ses parents
Il vaut mieux jouer au jeu de dames que passer la journée à se gaver
L’esprit de justice empêche les hommes de bien de se rebeller, les gens de peu de se livrer au brigandage Le juste l’emporte sur le brave
L’homme de bien est capable de haine. Il abomine ceux qui se plaisent à publier les défauts des autres, ceux qui calomnient leurs supérieurs, ceux qui bravent les rituels, ceux qui ont de l’audace jusqu’à l’aveuglement. On peut détester aussi quiconque cherche à faire passer l’astuce pour le savoir, l’arrogance pour le courage, la délation pour la droiture
Les femmes ( sic ) et les hommes médiocres ne sont pas faciles à traiter. De près ils se croient tout permis, de loin ils sont rancuniers
L’homme qui à quarante ans est encore détesté le restera
MK 86
Livre XVII : La décadence
« Cacher un trésor et laisser le pays courir à sa perte n’est pas un signe d’humanité. Etre capable d’exercer une fonction et manquer l’occasion, ce n ‘est pas un signe d’intelligence » . Voilà ce que disait à Confucius l’intendant d’une grande maison. Le maître répondit : « Soit. J’accepterai peut-être une fonction »
Les hommes sont proches par la nature, éloignés par leurs pratiques
Deux sortes d’hommes échappent au changement : les très sages et les très idiots
« Le souverain qui progresse dans la Voie aime tous les hommes, le peuple qui progresse dans la voie est facile à gouverner » . Le maître adhérait à ces paroles
Le maître : « S’il se trouve quelqu’un pour m’employer, je garde l’espoir » *
L’humanité est une qualité qui comporte cinq pratiques : déférence, grandeur d’âme, honnêteté, diligence, générosité. La déférence vous vaut le respect, la grandeur d’âme vous vaut le coeur, l’honnêteté vous vaut la confiance, la diligence vous vaut l’efficacité, la générosité vous vaut bien des services
Le maître a dit : « L’homme de bien ne franchit pas le seuil de qui a fait le mal de ses propres mains ». Il a dit aussi : « Suis-je une coloquinte qui sèche sans être consommée ?? »
Sans l’amour de l’étude, l’humanité devient simplicité d’esprit, le savoir reste superficiel, l’honnêteté préjugé, la droiture rigidité, la bravoure indiscipline, la rigueur fanatisme
Etudiez les Odes. Elles éveillent les sentiments, aiguisent l’observation critique, aident à bien se tenir en société, permettent d’exprimer ses doléances. Elles aident à mieux servir, chez soi son père, à la cour son prince. Enfin elles font connaître bien des noms d’oiseaux, d’animaux en tout genre, de plantes, en particulier d’arbres.**
Le maître a dit à son fils : « Ne pas lire les deux premiers livres des Odes, c’est comme se tenir le nez contre le mur »
Le maître s’écrie : « Les rites ? A quoi tiennent-ils ? La musique ? N’est-elle que cloches et tambours ? »
Affecter une contenance sévère pour masquer sa faiblesse, c’est comme s’introduire quelque part comme un voleur, par effraction
Les honnêtes gens de ce village sont les ennemis de la Vertu
Vendre ce qu’on vient d’apprendre sur la Vertu n’est pas vertueux
* Je rappelle que mes textes sont des résumés. Le texte de base est disponible chez Anne Cheng, « Entretiens de Confucius », collection Points-Sagesses, Seuil, Paris, 1981, édition déjà citée
** Le texte chinois dit : oiseaux, animaux, plantes, arbres