Même après l’avénement d’un sage, l’humanité ne régnerait qu’au bout d’une génération
L’homme qui est incapable de rectitude est incapable de rectifier les autres
Le maître dit à un magistrat qui rentrait tard de la Cour : « C’était des affaires de famille, j’aurais été informé s’il s’était agi d’affaires d’Etat »
Un souverain qui dit : « La situation est difficile » est près de résumer en une phrase la grandeur de son pays.
Un autre qui dirait : « Il n’y a aucun plaisir à être prince, sinon de ne pas être contredit » s’exposerait à la remarque du maître : « Si les édits sont sages, on se félicite que personne ne s’y oppose. Dans le cas contraire, nous serions proches en une phrase de la ruine du pays »
A un bon gouvernement, de près on applaudit, de loin on accourt
Pour bien gouverner il convient de ne pas précipiter les choses et de ne pas s’arrêter aux détails, surtout pas aux petits gains
Qui s’attache aux petits gains ne peut résoudre les grands problèmes
Dans le pays de Chu un homme témoigna contre son père qui avait volé un mouton. Le maître dit : « Chez nous le fils protège le père comme le père protège le fils »
Un homme humain, empris d’humanité, est poli et posé dans sa vie privée, courtois et diligent dans sa vie sociale, toujours épris de loyauté. Tel qu’il est tel il restera. Rien ne le changera même pas un long séjour chez les Barbares
Qui est le meilleur homme de bien ? Celui qui est scrupuleux dans sa vie personnelle et qui, envoyé à l’étranger, fait honneur à sa mission et à son prince
En dessous, au deuxième niveau, celui qui est loué par ses parents pour sa piété filiale et ses voisins pour son respect des aînés
Au troisième niveau celui qui tient sa parole et qui termine ce qu’il entreprend.
Entre nous soit dit il y a là, sur le dernier point, de l’entêtement propre au médiocre. Quant à nos ministres, impossible de les prendre au sérieux
MK 74
Livre XIII : Les rois sages
Gouverner, c’est, sans se lasser, montrer l’exemple du travail
C’est montrer leur tâche aux subalternes, excuser leurs petits écarts, chercher à promouvoir les plus capables…, commencer par ceux qu’on connait…
Il est important de commencer par la recherche des mots et noms justes. Si les noms sont incorrects, on ne peut tenir de discours cohérent, partant le désordre dans l’Etat, dans les rites… Les châtiments ne frappent plus juste. Le peuple ne sait plus sur quel pied danser.
Prudent dans ce qu’il dit, l’homme de bien tient un discours cohérent et pragmatique.
Les paysans et les jardiniers cultivent la terre, les gouvernants s’attachent au rituel, au Juste, à la bonne foi…
Tu récites les odes par coeur, mais sais-tu répondre par toi-même ?
Si le souverain incarne la rectitude, nul besoin de ses ordres, s’il ne l’incarne pas, ils ne sont pas obéis
Des gouvernements différents peuvent être unis par leur forme de gouvernement
Dans les débuts, même un peu difficiles, pourquoi ne pas dire : « C’est tout ce que je demandais ». Vers la fin devenue facile on peut s’exprimer : « C’est trop »
A une population nombreuse on peut donner la prospérité d’abord, l’éducation ensuite.
Le maître dit : « En un an je peux faire du bon travail au service d’un prince, en trois ans du travail durable »
Ce n’est qu’après cent ans de bon gouvernement que l’on pourrait en finir avec les crimes et la peine de mort
Attali et les Phéniciens
L’émission juive du dimanche matin, sur France 2, est excellente d’habitude d’un point de vue culturel. Mais le 8 / 1 / 2017 était invité Jacques Attali, grand intellectuel s’il en est. Il a entrepris une sorte d’ethnocide rétrospectif aux dépens des Phéniciens de l’Antiquité. Selon notre brillant Attali, un peu fripé ces derniers temps, ces gens-là étaient « n’importe quoi », ils faisaient tout et n’importe quoi. Pourquoi tant de haine ? Attali veut leur enlever le mérite de la création de l’alphabet pour le donner aux Juifs !
MK 73
Etre sûr de soi, de sa notoriété, c’est bien. Avoir de l’autorité, c’est beaucoup mieux, c’est à dire cultiver sa probité, analyser les propos, observer les mimiques…
On se fortifie en travaillant plutôt que de penser à sa réussite, en corrigeant ses défauts plutôt que de penser à ceux des autres, en ne tombant pas dans l’illusion qui consiste se raconter des histoires, à sortir de soi
Qu’est-ce que l’humanité ? C’est aimer les hommes. Qu’est-ce que la sagesse ? C’est connaitre les hommes
Connaitre les hommes permet de choisir les hommes droits et de les placer au dessus des autres
Un ami doit être conseillé avec loyauté et guidé avec tact. Si cela devient impossible, il ne faut pas insister et surtout pas attendre de se faire insulter
L’homme de bien se gagne des amis par sa culture et, à travers l’amitié, fait prévaloir l’humanité.
MK 72
Si les paysans ont assez le souverain ne manque pas. Si les paysans manquent de tout le souverain est dépourvu.
Le souverain ne peut être seul dans l’abondance.
Fortifier sa vertu, c’est par principe tenir sa parole, s’en tenir à la loyauté, avoir le Juste comme but suprême.
Vouloir la vie, puis vouloir la mort ! Tout cela est illusion*
Que chacun reste à sa place !
Zi Zou ne remet jamais au lendemain l’accomplissement d’une promesse
L’idéal est qu’il n’y ait plus de procès
L’administrateur doit appliquer son esprit sans relâche en toute loyauté
Celui qui élargit ses connaissances en les ordonnant selon le rituel ne trahit pas la Voie
L’homme de bien aide autrui à bien faire, l’homme de peu à mal faire
Gouverner, c’est bien tenir le gouvernail
A souverain cupide, peuple de voleurs
Pour gouverner il n’est nul besoin de tuer.
Si les gouvernants choisissent le bien, le peuple sera meilleur
La vertu de l’homme de bien est plus puissante que le vent, celle de l’homme de peu est comme l’herbe qui se couche sous le vent
* Interprétation : Vivre ce que l’on peut vivre au moment où on le vit
MK 71
Livre XII : L’art de gouverner
L’homme qui possède de l’humanité fait effort sur lui-même pour revenir au rituel.
Ne fais rien qui soit contraire au rituel, n’en parle même pas.
Le disciple répond : « Je suis un peu bête, mais je vais appliquer le précepte ».
En public, comporte-toi comme si tu étais en présence d’un invité de marque, au gouvernement, comme si tu célébrais un grand sacrifice.
Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’il te fasse.
L’homme pourvu d’humanité parle peu.
Il n’est pas facile d’agir avec humanité, que dire d’en parler ?
L’homme de bien est sans inquiétude parce qu’il est sans tache.
L’homme de bien fait son devoir sans faillir, traite quiconque avec respect, possède le sens du rituel.
Pour l’homme de bien tous les hommes sont frères entre les quatre mers. Donc il ne se plaint pas de ne pas avoir de frère.
Voit loin celui qui ne se laisse pas influencer par la calomnie.
Gouverner, c’est veiller à ce que le peuple ait des armes, des vivres, ait confiance. Le superflu, c’est les armes. Rien n’est plus important que la confiance du peuple.
L’homme de bien est tel par nature, mais il lui faut aussi la culture.
Un mot lâché ne se rattrape pas.
Nature et culture sont aussi indispensables l’une que l’autre.
MK 70
Un disciple venait d’apprendre un précepte. Le maitre, sachant qu’il avait de l’ardeur pour deux, lui dit : » Tu as ton père et ton frère ainé, consulte-les au préalable »
Un autre se trouva dans la même situation. Le maitre, sachant qu’il était timoré, lui conseilla de mettre le précepte en pratique immédiatement.
Le maître croisa Hui Hui qu’il croyait mort. Hui Hui répondit : « Vous vivant, je n’ose pas mourir ».
Le maître déclara un jour : « Les bons ministres sont ceux qui ne tuent ni leur père, ni leur prince, en conformité avec la Voie »
Le maître n’aime pas l’impertinence de l’olibrius qui lui renvoie ses propres commandements avant de s’occuper des autels de la terre et du millet.
Certains , dépourvus de tout, se prennent à rêver, l’un de chars de guerre, l’autre de territoires, un troisième de fêtes et de musiques. Le premier manque d’humanité.
P.S. : J’essaie de faciliter la tâche du lecteur. Mais la véritable traduction est celle d’Anne Cheng, déjà recommandée.
MK 69
Zi Zou demanda comment servir les esprits. Le maitre répondit : « Si l’on ne sait pas servir les hommes, on ne peut pas servir leurs mânes »
Zi Zou demande ce qu’est la mort. Le maitre répond : « Tant qu’on ne connait pas la vie, on ne connait pas la mort »
Un disciple se tient droit et digne, un autre est brave et audacieux. D’autres se montrent très cordiaux. Le maitre prédit que le courageux ne mourrait pas dans son lit.
Le palais a été incendié. On le rebâtit à neuf. Le disciple Lan Bic s’avance et dit : « Pourquoi ne pas le reconstruire tel qu’il était ? ». Le maitre dit : « Quand Lan Bic parle, chacun de ses mots fait mouche »
« Que fait la cithare de Pa Li dans ma maison ? Je ne supporte pas sa musique agressive. Pa Li a la bravoure, mais ni la sagesse, ni l’humanité. »
« J’ai un disciple qui va trop loin, un autre pas assez. Je n’aime ni l’un ni l’autre »
Un disciple se mit à lever l’impôt pour le compte d’un usurpateur richissime. Le maitre dit : « Je ne veux plus entendre parler de lui »
« Parmi les disciples, j’en compte un qui est lent de la comprenette, un autre qui manque singulièrement de finesse, un qui tombe dans le formalisme, enfin un dernier qui est cavalier et même d’une rare impolitesse »
« Hui Hui a atteint quasiment la perfection en acceptant l’indigence, Zi Goun , toujours mécontent, s’est enrichi en sachant calculer »
Un disciple demanda : « Qu’est la voie de l’homme bon ? » Le maitre répondit : « Celle des Anciens »
Le maitre a dit : « Celui qui parle avec gravité ne porte peut-être qu’un masque »
MK 67
Livre XI : De l’ambition
En ce qui concerne les rites et la musique, les Anciens passent pour des rustres. Je reviens aux Anciens.
Je n’ai plus de disciples. Pourtant j’en ai eu qui excellaient ou dans la pratique de la vertu ou dans l’éloquence ou dans la pratique du gouvernement ou dans la lecture des textes anciens
Je n’aime pas un disciple qui boit mes paroles
J’aime celui qui s’illustre dans la piété filiale
J’ai donné ma nièce au prudent chanteur de l’ode sur le sceptre blanc
J’avais un disciple désireux d’apprendre. Il est mort jeune.
A mon fils mort avant moi, ma dignité m’a contraint d’aller en char à ses funérailles
A la disparition de son meilleur disciple, le maitre s’écria : » Le Ciel a voulu ma propre mort »
S’il y a un homme digne d’être pleuré, c’est bien mon disciple préféré
Les disciples offrent des funérailles grandioses au meilleur d’entre eux. Le maitre affirme que c’est leur responsabilité.
MK 66
I / Quand il dort il ne se recroqueville pas tel un mort
Il ne s’embarrasse pas de formalités dans sa maison sauf dans des cas bien précis comme la visite d’une personne aveugle ou en deuil
Son visage change au bruit du tonnerre ou de la tempête par respect pour le Ciel
2 / Il monte sur son char avec componction Bien installé il regarde devant lui et ne montre rien du doigt De même il s’abstient de parler
3 / Il changea de visage à la vue d’un oiseau qui s’envola fit des tours et se posa.
Il admirait la perdrix qui sait agir à son heure
P.S. : Je rappelle que j’ai simplifié la lettre du message de Confucius ( ou attribué au maitre ), quelle que soit l’importance de la lettre chez celui-ci. Je n’agis pas en spécialiste.
Je rappelle encore que le Ciel chinois est impersonnel, mais garant de l’ordre de l’univers