MK 65

1 / S’il envoie un messager dans une autre contrée, il se prosterne deux fois
Si une relation lui envoie un médicament, il l’accepte avec courtoisie et le met de côté
2 / Le jour où ses écuries brûlèrent, il demanda s’il y avait des blessés et ne s’enquit pas des animaux
3/ Si le souverain lui envoie de la viande crue, il la fait cuire. Si c’est un animal vivant, il l’élève.
A la table du souverain il goûte les plats.
Si le souverain lui rend visite, il se met à l’est.
Si le souverain le convoque, il part à pied avant que son char soit prêt.
4 / Dans le grand temple il s’enquiert toujours du détail des cérémonies
5 / Il se charge des frais de l’enterrement d’un ami pauvre et sans parents
Il ne se prosterne pas devant un cadeau quelle que soit sa valeur, sauf s’il s’agit d’une viande sacrifiée en l’honneur des ancêtres

MK 64

1 / Il ne se permet jamais de porter des vêtements aux couleurs du deuil tels que le mauve ou le pourpre hors des périodes d’abstinence… L’hiver il porte toujours une tunique noire… La manche droite est plus courte que la gauche pour faciliter ses mouvements … Il porte à la ceinture les talismans insignes de son rang, sauf en période de deuil… Etc ….

2 / Il change de régime et de tenue avant un sacrifice… Sa tenue doit être en tissu d’origine végétale, jamais en cuir ou en fourrure.

3 / Il lui est interdit de manger des produits avariés. Les plats doivent être découpés et servis correctement.
Le vin n’est pas limité, mais il n’en abuse jamais…
Mangeant ou allongé, il ne parle pas… Même s’il ne mange qu’un bol de riz ou un peu de bouillon de légumes, il fait une offrande aux ancêtres…

4 / Il ne s’assied jamais sur une natte disposée de travers

5 / Quand les gens de son village se réunissent pour boire, il ne quitte la fête qu’après les plus âgés.
Au cours de la fête de l’exorcisme, à la fin de l’année, il se tient debout sur l’éminence de l’est, en tenue de cour.

MK 63

Le 26 décembre 2016 je clôturai provisoirement le cycle MK consacré au maitre chinois Confucius. Je le reprends aujourd’hui avec la ferme intention de le mener à son terme, c’est à dire la fin des « Entretiens ».
Nous les reprenons au livre X : « Du comportement rituel ». Je ne publie que des extraits de ces textes rituels :

I / Chez lui, au village de ses ancêtres, il est simple, effacé, quasiment muet. A la cour, il parle en pesant ses mots.

2 / A la cour il est ferme avec les subalternes, franc avec les ministres, respectueux avec le souverain.

3 / Il est chargé de recevoir un invité de marque. Le visage impassible, il marche avec distinction… C’est lui qui annonce au souverain : « Votre hôte s’en est retourné ».

4 / Pour se rendre à l’audience il se courbe comme s’il manquait d’air et d’espace. Il rase les murs et évite le seuil… Quand il quitte l’audience il marche vite toujours courbé…

5 / Ambassadeur il se courbe comme écrasé par son poids. Son visage dit la crainte, ses pieds semblent de plomb… En audience privée il est détendu…

G.M. 16 bis

Il est temps d’avouer que la série G.M. est inspirée par les « Contes et nouvelles » de Guy de Maupassant, publiés chez Gallimard, collection Quarto, édition de 2014.

Maupassant nous apporte une dose de pessimisme. L’histoire humaine est terrible. Mais elle est aussi magnifique au service de l’art et de la science et surtout de l’amour.
Tu couines et tu piules dans ton coin. Relève-toi. Apprends à sourire et à rire.
Maupassant est aussi un auteur drolatique.

GM 16

Albert, un psy à la mode, aimait à répéter :
« Il faut élever les enfants de façon à ce qu’ils ne se doutent de rien
Qu’ils gardent un bandeau sur les yeux les oreilles
Ce qui leur sert d’esprit
Qu’ils ne soupçonnent pas les dessous de l’existence
Ils ne doivent pas savoir
Qu’on ne parle pas comme on pense
Qu’on ne parle pas comme on agit
Qu’il faut vivre en guerre avec tout le monde
Ou du moins en paix armée
Il ne doivent pas savoir qu’on est trompé quand on est naïf
Ou tout simplement confiant et sincère
Est-il heureux est-il bénéfique
Que certains restent jusqu’à leur mort
Dans l’aveuglement de leur enfance ? »

GM 15

Linette : Monsieur le maire vous êtes comme un juge pour moi
Comme vous le savez sans doute je n’ai plus de mari
Celui-ci est parti sans même me prévenir
Moi j’ai besoin d’un enfant
Un bébé fille, un bébé garçon, qu’importe !
Je me suis adressé à Lacorge qui avait bonne réputation
Jusqu’à ce que j’apprenne qu’il est cocu
Lacorge : Rien que des menteries !
Linette : Pour me rassurer, j’ai été voir Chandeur et deux ou trois autres, je m’embrouille à la fin
Monsieur le maire : Pour quelle raison me dites-vous tout cela, ma chère Linette ?
Linette : Pour que vous soyez au courant. Après tout vous êtes notre père à tous.
Lacorge : C’est vrai ça
Linette : Vous êtes bien officier de l’état-civil, comme on dit !
Le maire : Certainement
lunette : J’ai tout dit. Ah ! J’oubliais ! je suis grosse de deux mois

GM 14

Quatre jeunes soldats allemands se présentèrent poliment
A la fermière la mère Silva
Elle les reçut gentiment
Elle conservait une lettre brève
Reçue le matin même
Elle la rangeait la ressortait sans la lire
Elle logea les soldats dans les chambres à l’étage
Quand les jeunes hommes ronflèrent
Elle versa toute l’essence disponible sur les meubles du rez-de-chaussée
Alluma une seule allumette
La mère Silva resta toute la nuit assise sans bouger
Le lendemain matin elle fut arrêtée et fusillée
Sur son corps encore pantelant
L’officier trouva une petite lettre
Qui annonçait la mort au front
Du fils de la maison

GM 13

Quand tout le monde eut vu le mourant
On passa à la collation
Dehors en face de la cuisine
Chacun avançait le bras pour se servir
Le vieux Chicot parla la bouche pleine
Personne ne l’entendit
Quelqu’un dit : « Chacun son tour »
Tout le monde rit sans savoir pourquoi
Les verres de vin se vidaient coup sur coup
On parlait fort On criait même
La mère Chicot surgit soudain
De la chambre de l’agonisant
Où elle était restée par peur de ce qui lui arriverait bientôt
Elle trébucha : « Il a passé ! Il a passé »
Les femmes allèrent vivement jeter un regard
Le père Chicot : « S’il était décédé cette nuit on aurait été plus tranquilles »
Les invités commencèrent à s’en aller contents d’avoir vu ça et d’avoir cassé la croûte
Laissés seuls les Chicot se regardèrent en silence
Chicot : « C’était pas un mauvais bougre »

L’Histoire est politique

A.B.I. 31, le 15 / 12 / 2016, terminait un ensemble d’articles ressuscitant mon premier livre, « Pour l’Histoire ». J’y proposais une classification nouvelle des modes de production, notion d’origine marxiste.
Le concept le plus original est celui de mode de production des petits producteurs ( ou M.3.P. ) qui met en avant le travail séculaire des paysans et des artisans sous les apparences de classes, esclavagisme, féodalisme, capitalisme.
La France a été très marquée par ces petits propriétaires que la révolution française a renforcés. Ils sont devenus dans l’ensemble conservateurs, se sont rapprochés du catholicisme même si une frange est restée très laïque.
Pour la première fois dans l’histoire récente un candidat à l’élection présidentielle se réclame sciemment de cette Histoire. Il s’agit de François Fillon.
La frange de gauche a sa candidate dans la brillante Sylvia Pinel, héritière du « radicalisme ».
Dans une histoire bien différente, deux manifestations bruyantes du bon vieil « asiatisme », du « despotisme oriental », agitent l’actualité, en Russie et en Turquie. Poutine est une sorte de Tzar, Erdogan est un nostalgique de l’empire ottoman.
A noter que Poutine agit comme un joueur d’échecs et marque des points en Ukraine, en Syrie… Mais Obama a raison : « La Russie est un petit pays qui ne peut exporter que du pétrole, du gaz et des armes ».

GM 12

Le mari siffla dans l’oreille de son épouse :
« J’en suis sûr, absolument sûr, tu m’entends ? »
Ce fut à nouveau le silence
Irma s’assoupit légèrement
Elle méprisait trop son époux
Pour le craindre même armé
« Le voilà ! le voilà ! Tu ne le vois pas ?
Là-bas, sous les arbres ! »
La silhouette d’un homme
Apparut courbée comme s’il fuyait
Une flamme une détonation
Le mari emporta sa femme terrorisée
Jeta son corps sur la victime
« Vous voilà réunis amants de mes deux ! »
Vous êtes encore plus ignobles morts que vivants »
Il leva son fusil
Mais une ombre surgit de nulle part
Sauta sur le mari telle une panthère
Le fit rouler dans l’herbe
Poussa violemment l’épouse affalée
Puis se jeta sur le cadavre tout chaud
L’enlaça l’embrassa sur les yeux encore ouverts
Ouvrit de ses lèvres la bouche morte
Comme si elle cherchait un dernier souffle
« Manu ! Manuela ! Soeurette !
C’était donc toi !? » hurla le mari
Irma se disait qu’elle prendrait sûrement un amant
Se délectant des étranges baisers
Du mort et de la vivante