T.W.R. 84

Toutes les plaisanteries sont mauvaises
Elles font mal là où ça fait mal
Elles ne sont bonnes
Que si elles font rire
L’éléphant dit à la souris :
« Tu es petite et moche »
« Oui, mais moi j’ai été malade »
Deux hommes tombent
Du haut d’un gratte-ciel
L’un dit à l’autre :
« Comment ça va ? »
« On vit on vit »

T.W.R. 83

L’amour est fou l’amour est sage
L’amour est partout
L’amour fou serait sage
S’il se savait réservé à l’instant
L’amour sage est affaire d’amitié
D’amitié pour la vie
Il est fait de concessions
De résignation
Mais aussi de tendresse
Et de beaucoup de plaisirs
Petits et grands
Comme le disait le duc de la Rochefoucauld
« Il est de bons mariages
Il n’en est pas de délicieux »
J’ajouterai volontiers :
« Mais il y a des moments
Délicieux »

T.W.R. 82

Quand un homme invite une femme
A boire un café
Il lui montre son désir
Quand il l’invite à danser
Déjà il lui fait l’amour
L’amour est partout et nulle part
Il suffit de voir la pauvreté insigne
De la pornographie
Royaume des obsessions monotones
Et misérables
Quant à l’érotisme
Il tisse vite les fils du cynisme
Et d’une fausse lucidité
L’amour est assez fondamental
Pour qu’on coure toujours après lui
On ne fait pas l’amour
L’amour nous fait

T.W.R. 81

Il faut surfer
Il faut courir
Il faut bondir
Au dessus des obstacles imaginaires
Il faut marcher à petits pas
Il ne faut jamais s’arrêter
La mort est au rendez-vous
Qu’elle ne manque jamais
La femme croit exister
C’est son moindre défaut
L’homme croit être
C’est là son crime
Il faut continuer à commettre des erreurs
Dans l’erreur la vérité
L’homme est un animal erroné

T.W.R. 80

La vie est faite d’obstacles infranchissables
Que nous croyons franchir
Là encore l’illusion est nécessaire
Nous sommes comme des ponts de neige
Au dessus de l’angoisse
A quatre-vingt ans les femmes
Sont diligentes et actives
Les hommes se referment
Sur leur stature de commandeur
Les chats songent
A leur train-train quotidien
C’est ainsi que la vie se passe
A notre grand étonnement

T.W.R. 79

A chacun sa vie
A chacun sa mort
Il arrive que la vie soit déjà une mort
Dieu n’a pas pu mourir
Il n’a jamais existé
Ce que je ne peux pas prouver
Je n’ai pas prouvé grand-chose
La vie ne se prouve pas elle s’éprouve
Comme dans le mythe
je marche à trois pattes quand je sors
Je ne sors pas souvent
Je vais où va le vent
je flotte je flotte
Comme un bout de bois dur

T.W.R. 78

L’avenir de la jeunesse est la vieillesse
Tout s’est déjà passé
Avant qu’elle ne soit née
Trop de jeunes sont déjà vieux
Qui confondent agitation et action
La vieillesse est périmée mais
Beaucoup de vieux sont jeunes
Dans un coin de leur esprit
Il n’y a là aucun problème
Encore moins de honte
La jeunesse doit apprendre
La vieillesse doit continuer
On a jamais terminé
D’apprendre

T.W.R. 77

La femme est tournée vers l’intérieur
Ce n’est pas du narcissisme mais
De la profondeur
Elle ramène l’extérieur à l’intérieur
Activement courageusement
Avec quelque délicatesse
Et parfois de la tendresse
L’homme est tourné vers l’extérieur
Il doit aller vers ce qu’il n’est pas
Très masculin il adore la femme
Minuscule il s’élance vers l’univers
Qu’il n’est pas et ne sera pas
Il reste souvent superficiel et confus
En se jugeant ordonné
A la frontière entre l’intérieur et l’extérieur
L’interne et l’externe
Toutes les rencontres sont possibles
L’alliance de la femme et de l’homme
Engendre l’humanité
Diverse et différente
Complémentaire

Tous les hommes ne sont pas masculins
Toutes les femmes ne sont pas féminines

T.W.R. 76

L’amour est plus fort que la mort
La mort cherche à détruire
Les créations et les créatures de l’amour
On peut apercevoir l’amour sans mort

On peut survivre à l’amour pas à la mort
Nous devons à l’amour nos délices et quelques chagrins
La mort ne distribue que le deuil
Nous connaissons de multiples amours
Et une seule mort

L’amour peut être fait de petites morts
Elles sont éphémères
L’amour peut mourir pour mieux renaitre
On ne renait pas de la mort

La mort n’est rien ce n’est que la fin de la vie
La mort n’existe pas vraiment
Son nom n’est qu’un pseudonyme ou un prête-nom

On n’en finit jamais
Avec la mort
Avec l’amour
On peut mourir d’amour
On peut aimer la mort

L’amour et la mort sont-elles
Les deux principes de l’univers ?
Non Ce sont l’amour et la haine
La haine souhaite la mort de l’autre
La haine est le véritable visage de la mort

T.W.R. 75

Je ne suis pas misogyne
Je suis un peu misandre
je suis misanthrope
Je le suis depuis mes dix-huit ans
Quand j’ai découvert l’Alceste de Molière
Depuis j’ai fui ses colères
Excessives et narcissiques
Je cherche à imiter son ami Philinte
L’apôtre de la modération
Qui comme moi aime
Une femme sincère
Mais Philinte est lui-aussi misanthrope
J’éclate parfois