A.B.I. XIII

Mon deuxième chapitre portait sur les premières sociétés de classes dites « asiatiques ».
On les trouve d’abord en Egypte et à Sumer dès la fin du IV° millénaire avant le Christ. La sphère des formes « asiatiques » est caractérisée par l’opposition entre l’Etat et les communautés villageoises, la classe dominante se confondant avec l’appareil d’Etat pour des fonctions très diverses.
Quand l’Etat agit directement sur les forces productives, nous avons selon moi le mode de production asiatique ( M.P.A. ). Quand il se contente de prélever l’impôt on peut l’appeler sub-asiatique ( M.P.S.A.). Quand la tentative étatique se heurte à la base profonde de la société nous avons affaire au mode de production para-asiatique ( M.P.P.A. ) appelé à disparaitre rapidement.
Donnons en liaison deux définitions fondamentales : Les forces productives, déterminantes en dernière instance, sont les moyens de production, la terre, la mer les fleuves et les rivières…, les végétaux, les animaux, les instruments, outils et machines, plus les humains capables de travailler ces éléments … Les rapports de production sont les rapports sociaux qui permettent l’utilisation des forces productives et la répartition de ses fruits…
Puisque nous en sommes aux questions fondamentales de définition, disons que le terme « asiatique », même entre guillemets, ne semble pas approprié, ne serait-ce que parce que des sociétés américaines, tel le Pérou inca, et africaines, telle l’Egypte, font partie de l' »asiatisme ». Que dire de la Grèce mycénienne, de la Russie ?
J’en appelais en 1971 à la tenue d’un colloque international qui ne s’est jamais réuni. Je proposerais volontiers le terme « tributaire », de tribut, terme primitif pour impôt. Les sociétés dites « asiatiques » seraient « tributaires ». Le M.P.A. deviendrait « super-tributaire », le Para- resterait para-tributaire, ???
Faute de mieux, je conserve la terminologie de 1971.

L.E.G. 1

Il n’y avait rien Il y eut quelque chose
Peu à peu l’univers organisa son énergie
Une étoile de deuxième catégorie
S’entoura d’un cortège de planètes
La troisième se révéla favorable à la vie
Au bout de milliards d’années d’évolution
Un singe commença le processus d’hominisation

L’Être n’est rien il est un
Il se dédouble et se multiplie
L’énergie est l’essentiel
Elle peut s’organiser en matière
La matière peut s’organiser en vie
La complexité de la vie grandit
D’une cellule elle peut passer
A des milliards de cellules
Un de ces organismes complexes
Un singe il y’a peut-être dix millions d’années
Commença le processus d’hominisation

A.B.I. XII

Mon premier chapitre portait sur les « sociétés primitives ». Pour théoricien que je fusse je n’ignorais pas le primat de la chronologie.
Je faisais l’hypothèse du communisme primitif qui n’a jamais été constaté historiquement ! Il serait la négation primitive de la division du travail et de l’augmentation du sur-produit, de la production excédentaire par rapport aux besoins vitaux.
Je renvoyais par ailleurs au processus d’hominisation nécessairement plus complexe que ce que je pouvais en dire.
Je faisais l’hypothèse additionnelle de la communauté sexuelle ! Ceci grâce au refoulement des pulsions égoïstes du mâle. je rejoignais un moment Freud ! J’ajoutais cependant le rôle actif des femmes au mythe fondateur.
Je résumais l’histoire ultérieure en insistant sur le langage et la religion, en mettant en valeur ce que j’appelais le « mode de production communautaire »dans lequel les liens de parenté sont dominants au niveau des rapports de production.
Vers la fin du processus apparaîtraient les « démocraties militaires », des « féodalités grossières », de type tribal, avec une grande importance fréquente des guerriers.
Quand je parle histoire, il me semble que je suis plus clair.
Il me semble encore maintenant que la forme dite antique de société communautaire privilégiait déjà une forme archaïque de propriété privée tout en maintenant le primat des valeurs collectives.

A.B.I. XI

Il m’est difficile de me remémorer ce que j’étais dans les années soixante. Mes écrits de l’époque sont de ce point de vue partiels.
Il reste que je suis d’accord avec eux pour l’essentiel et même plus.
Si j’étais un jeune homme en 2016, je me demande bien qui je serais, ce que je ferais. Tout a changé. Je suis cependant presque sûr que je serais féru d’informatique.
Ma pensée des années soixante, une fois débarrassé de l’agrégation que j’ai réussie en 1964, me parait particulièrement masculine et éprise d’idées et d’idéal. Elle était très théorique, extraordinairement tournée vers les généralités les plus abstraites.
Les années qui ont suivi ont érodé ces caractéristiques.
Philosophiquement j’étais matérialiste, très opposé à l’idéalisme. Dans les faits j’étais idéaliste, idéalisant en particulier la révolution chinoise. Mon maoïsme est resté une velléité dépourvue d’engagement pratique.
Je répète que je reste d’accord aujourd’hui avec mes concepts d’alors que je serais bien incapable d’inventer désormais.
Je suis fasciné par ma boulimie de lecture dans mes années de jeunesse. Actuellement je ne lis plus pour revenir à l’image, pour me concentrer sur mon fonds de culture personnelle. En quelque sorte l’abandonne le métal pour l’âge de pierre.
Plus encore, je peux dire que je privilégie désormais la culture aux dépens du savoir, la culture plus profonde et moins précise… C’est le fait de l’âge, mais aussi de l’expérience…
Au sortir de l’enfance j’ai privilégié l’abstraction, de façon certainement exagérée, mais du moins me suis-je ainsi protégé de certains embarras du concret…

A.B.I. X

Ce livre, « Pour l’Histoire », n’aurait pas été possible sans le colloque de Cabris de juillet 1970, organisé par Serge Jonas, fondateur des éditions Anthropos et de la revue « L’homme et la Société », et qui réunissait des marxistes en rupture de ban, dont du côté français Lucien Goldman, Henri Lefebvre, Pierre Naville, et du côté italien Rossana Rossanda…
C’est au moment de ce colloque que je me suis dit qu’il fallait d’urgence faire avancer le débat. J’ai écrit « Pour l’histoire » en trois semaines. J’aurais mieux fait de prendre mon temps !
La fin de l’introduction portait sur les modes de production, thème fondamental de mon livre.
Grâce au concept central de mode de production, on comprend les classes sociales qui caractérisent chaque mode. Grâce au concept de formation économico-sociale, articulation de tels modes, on comprend la multiplication de ces classes.
Tous les modes ne sont pas à opposition de classes. Parmi eux le mode des petits producteurs ( M.3 P. ) qui survit encore aujourd’hui.
je disais aussi que le concept de civilisation, pour ne pas être idéaliste, doit être à la fin de la recherche historique.
je pensais que l’Histoire humaine a produit deux grands types d’aliénation matérielle, l’aliénation par la marchandise, l’aliénation par l’Etat.
Je proposais des définitions. Ainsi celle du mode de production : « Un mode de production est une articulation de forces productives et de rapports de production telle que dans sa définition la plus simple elle comporte une structure qu’on ne retrouve dans aucune autre articulation de forces productives et de rapports de production ».
Mon livre s’annonçait ainsi comme une analyse structurale anti-structuraliste.

A.B.I. IX

Mon livre montrait quelque chose de l’esprit de mai 68 alors que le structuralisme triomphant, contempteur du temps, montrait son contraire.
Je prévoyais à l’époque un avenir fait de l’opposition de classe entre les techniciens et les technocrates ! Cette proposition me parait de plus en plus vraie.
Je disais que la mort ne se dévoile jamais que sous l’apparence de la vie. je disais aussi que l’histoire actuellement en est encore au stade de l’histoire historisante alors que l’histoire est selon moi la science suprême. Je disais beaucoup de choses !
Je critiquais même l’idéologie qu’on peut être tenté de tirer de certains aspects de la biologie : le changement fondé sur le hasard. je distinguais plusieurs sortes de hasards, le plus important me paraissant le hasard nécessaire. Ainsi un hasard singulier peut correspondre à une nécessité statistique.
J’opposais la raison aristotélicienne ( A est A ) à la raison dialectique ( non-A est dans A ). Le matérialisme historique me paraissait être la seule idéologie qui puisse se critiquer elle-même.
J’affirmais q’il n’y a d’histoire que des modes de production.

A.B.I. VIII

Le dernier A.B.I. a eu lieu le 20/9/2016/. Le nouvel A.B.I. aborde une étape cruciale de ma petite vie, mon premier livre, « Pour l’Histoire », publié en 1971. le seul de mes quatre ouvrages personnels à avoir connu un demi-succès, hélas sans suite.
Son introduction pose le même problème que le premier de mes trois articles de 1969, il est obscur et labyrinthique. J’essayais de poser des problèmes de méthode !
Je posais même la question bizarre de la fin de l’Histoire ! je critiquais le mode de production capitaliste d’Etat que je mythifiais volontairement de façon répulsive, comme fin possible de l’Histoire, et son idéologie possible symbolisée alors par le structuralisme !
Je me déclarais favorable au thème de la totalité rationnelle au profit d’un matérialisme critique, anti-dogmatique, dialectique, scientifique.
j’affirmais que la mort de la philosophie entraine une philosophie de la mort. C’est beau d’être jeune !
Je mettais en valeur le caractère irréductible de la connaissance du troisième genre que je tirais de Spinoza, faite d’une intuition supérieure comme dans l’art et l’amour.
Je mettais en avant l’ontologie. Je présumais que la philosophie ne réussit pas à réfléchir sur le temps et que l’histoire fait semblant d’y réfléchir.
L’étrange est, quand on y réfléchit, que je reste d’accord avec ces propositions qu’on est tenté de trouver fantaisistes !
Je n’en ai pas fini avec l’introduction.

T.W.R. 87

La vie est un suspense d’enfer
Elle est toujours en suspens
Tant qu’il y a du suspense
Il y a de l’espoir
Parfois proche du désespoir
Il n’y a pas de petit espoir

Pour démêler les fils
Il faut de la finesse
Et de la raison pure
Créatrice de la loi
Même incertaine

Les criminels ont aussi une loi
L’enfreindre suscite de leur part
Des châtiments expéditifs
Pires que la loi officielle
Des braves gens

On ne peut pas vivre que d’espoir
Mais il aide bien
La vie est un feuilleton
Nous sommes en sursis

T.W.R. 86 : Le principe d’incertitude

Je viens de rencontrer mon principe d’incertitude
Une adversaire-partenaire
Me donne tort sur l’amour
Et le rapport femme-homme
Je me donne raison
et dans le même temps
Je ne lui donne pas tort
je finis par penser
Qu’elle a peut-être raison
Ce principe d’incertitude est beaucoup plus répandu
Qu’on ne pourrait le penser

T.W.R. 85

Certaines personnes de qualité
Pensent que je parle trop d’amour
En plus dans de petits poèmes
Ces personnes craignent
Que je ne confonde l’amour
Avec ce sentiment édulcoré
Dont on nous accable sur les ondes
N’oublions pas que l’amour est pour moi
L’un des deux principes de l’univers
Et que je fais profession
D’aimer l’amour
La tragédie est que si l’on ne partage pas ce point de vue
Celui-ci est incompréhensible
Alors que je ne peux pas le prouver
A ce jour à cette heure
La situation est inextricable
Il fallait s’y attendre