T.W.R. 65

Je suis un con
JE SUIS FÉCOND
Je suis une ile
Je suis fertile

Partout les oiseaux s’aiment
D’amour tendre
Les lionnes désirent les lions
Les abeilles fécondent encor notre terre

Je suis bon
Je suis con
Je ne suis pas bon
Je suis con

Je suis moyen
Je me veux médian
Suis-je médiocre ?

Je suis conventionnel
Je ne suis pas conformiste
Suis-je un contorsionniste ?

J’aurais voulu être magnanime
Je n’en ai pas eu l’occasion
Je voudrais être généreux
Je suis radin

Ceci est une chanson
Ceci n’est pas une chanson

T.W.R. 64

Je marche dans la foule
je jette des poèmes
Des textes
J’espère que ce n’est pas des miettes
Pour les oiseaux
A becqueter
j’aime beaucoup les oiseaux
Je préfère leur laisser
Des cailloux

T.W.R. 63

Il faut se fier aux apparences
Mais il faut savoir les lire
C’est un fait d’expérience
Et de finesse
Rien n’est plus important que les faits
Soyons réalistes
Et même matérialistes
Mais les faits ont un écho
Une aura un halo
Comme dans la peinture
D’Odilon Redon

A.B.I. VI

Nous arrivons au troisième et dernier article, publié en juillet 1969, dans la revue « L’homme et la société ». J’étais moi-aussi dans une phase « idéaliste-virtuelle » avec mes velléités maoïstes. Mais je remarque, je dois dire, avec une certaine fierté, que mes propositions théoriques de l’époque me paraissent tenir la route même quand je les ai quasiment oubliées.
Ce dernier article s’intitule « Signification et sens de l’histoire ». Des significations empiriques on peut essayer de tirer un sens essentiel.
Dans mon résumé des articles antérieurs je citais par exemple les Etats-palais ( de l’ancienne Mésopotamie) à distinguer des Etats-fleuves ( l’Egypte ), des Etats-cités ( la Phénicie )… ou les féodalités « grossières » ou tribales, « asiatiques », « féodalistes »…
je ne donne qu’un exemple des propositions de travail que je multipliais ( par exemple page 219 ) tout en reconnaissant les difficultés qui m’interdisaient une classification systématique de type Mendéleiev, le génial classificateur des éléments chimiques.
Par exemple toujours, je désignais la « formation économico-sociale » comme articulation de modes de production et j’insistais sur les « formations de transition » d’un mode de production à l’autre.
J’abordais même le concept de civilisation qui me paraissait correspondre à une recherche de sens au niveau des significations empiriques d’une société ou d’un groupe de sociétés. Je disais même que toute civilisation a quelque chose d’unique comme une personne humaine.
J’insistais sur le fait que l’histoire est faite d’histoires particulières trop peu nombreuses pour la généralisation. L’esclavage a été fréquent, mais je ne connais qu’une civilisation « esclavagiste », l’Antiquité gréco-romaine fondée par des « cités-Etats », par des citoyens épris de la loi.
Les « tempêtes de la région politique », expression de Karl Marx, sont attrayantes pour l’ « histoire historisante », événementielle, factuelle, mais difficiles à classer. Peu à peu le concret l’emporte sur l’abstrait.
Les structures historiques restent opaques, complexes, contradictoires, ouvertes, qualitatives.
J’en appelais à la constitution d’équipes inter-disciplinaires.
Je terminerai sur mon évocation page 224 de l’Algérie pré-coloniale comme formation économico-sociale complexe. je vous rappelle que j’ai vécu dans la jeune Algérie indépendante de 1964 à 1968.

T.W.R. 62

Petit
J’aime le petit
Small
J love small
J’affectionne le train-train quotidien
Je crains les niagaras
Qui engloutissent
J’aime les affects les affections
L’affectivité sous contrôle
J’adore la banalité
Au jour le jour
Les haines et les mépris médiocres
Qui n’aboutissent à rien
J’aime la banalité du bien
Ce n’est que dans un recoin de mon petit esprit
Que se cachent quelques idées
Peut-être de qualité

T.W.R. 61

Fusionnels ? Nous ? jamais
Nous ne sommes ni pour la fission
Ni pour la fusion
Nous sommes pour l’union des contraires
Et même leur harmonie
A bien des égards nous sommes le contraire
L’un de l’autre
Un exemple : je suis secondaire
Régine est primaire
Evidemment une telle opposition ne va pas
Sans disputes impossibles

T.W.R. 60

Dans un couple on fait beaucoup de choses ensemble
Mais pas tout
Surtout pas tout
Peu de couples écrivent un livre ensemble
Un livre à quatre mains
Nous en sommes à notre deuxième
Sans que personne ne le remarque
Ne nous félicite
Tout a un début
Et tout a une fin

T.W.R. 59

Tout couple est boiteux
Tout couple est bancal
Mais dans les replis
De cette création humaine
Se lovent des trésors de patience
Et de présence
N’hésitez pas : mariez vous
Ayez des enfants
Soyez joyeux

A.B.I. V

Dans le numéro 12 d’avril 1969 de la revue L’Homme et la Société paraissait mon deuxième article sur « Propositions pour une classification nouvelle des sociétés humaines ».
Cet article est décevant dans le mesure où il est presque aussi illisible pour moi aujourd’hui que l’introduction, presque aussi fouillis.
Je ne vais pas le résumer mais dégager quelques idées-forces. Ma première idée est de mette en valeur le concept de para-asiatisme qui désigne des sociétés qui ont imité un « asiatisme » de façon artificielle, vouée à l’échec.
J’ai déjà évoqué le cas du Japon qui a imité la Chine bien avant d’imiter l’Occident. Sa voie était le féodalisme avant le capitalisme. La réussite du Japon est spectaculaire.
Un autre cas de para-asiatisme serait la Grèce mycénienne qui a imité la Crète et l’ensemble du Proche-Orient. Dès l’an mil avant l’ère chrétienne cette tentative avait complètement échoué, avait été éradiquée. La Grèce devait évoluer vers la Cité-Etat, voulue pas des citoyens, à distinguer formellement de l’Etat-Cité créé par un Etat.
L’immensité des sociétés de type asiatique est impressionnante. Dans beaucoup l’Etat se contente de prélever l’impôt au profit de sa classe-Etat. Par contre dans le cas sans doute le plus pur de mode de production asiatique ( M.P.A. ), l’Egypte dépendait à ce point de l’irrigation à partir du Nil que je l’ai appelée un Etat-fleuve. A noter que ce mode de production créé sous les pharaons, dont le règne a duré trois fois plus longtemps que la France, s’est maintenu pendant la période musulmane.
Au passage disons que beaucoup de classes-Etat n’ont pas été savantes, se sont réduites à une sorte quelconque de féodalité. Les féodalités sont nombreuses, les féodalisme sont rares.
Je mettais en valeur, sous l’influence d’Emile Durkheim et de Max Weber, la distinction entre des sociétés « mécanique-charismatiques », « mécanique » signifiant indifférencié, « charismatique » signifiant un type de pouvoir peu organisé, personnalisé, et des sociétés « organiques-buraucratiques ». L’Inde fragmentée serait du premier genre, la Chine serait du second.
L’importance historique de la Chine, après mes élans maoïstes des années soixante, me fascine à nouveau juste après ma « translation » du Tao tö-king. Je persiste à penser que la Chine historique est un M.P.A. , mais c’est sa complexité qui m’émeut…
J’abordais enfin la séquence pré-capitalise, esclavagisme-féodalisme…, laquelle s’accompagne de cette fameuse idéologie idéaliste-virtuelle : « l’idéalisme », sous des formes diverses, avec peu de contacts avec la profondeur sociale, particulièrement l’affrontement des classes sociales…

A.B.I. IV

Après une introduction illisible venait enfin l’histoire dans cet article de 1969.
je parlais des sociétés primitives que je résumais au communisme primitif et aux « démocraties militaires ».
Je soupçonnais que le communisme dit primitif ne fût qu’une hypothèse qui, dans le meilleur des cas, n’a jamais existé à l’état pur.
J’insistais sur l’hérédité verbale par rapport à l’hérédité biologique, sur la confusion primitive des niveaux sociaux, la négation primitive des existences sociales ultérieures…
La désagrégation du communisme primitif aboutit selon Engels aux « démocraties militaires ». Elles s’accompagnent de l’apparition de « chefferies fixes » suivant l’expression de l’anthropologue africaniste Jacques Lombard. Souvent la prépondérance des guerriers s’accentue, l’Etat est proche.
Peut-être faudrait-il préférer l’expression « démocratie primitive » ?
Nous aboutirions à un stade de « féodalité grossière » selon Marx et Engels…Selon eux la « forme slave » serait la plus proche des sociétés primitives, la « forme antique » connaîtrait déjà la propriété privée, la « forme germanique » serait plus démocratique, fragile de ce fait !,…
Ensuite viennent les sociétés de classes…
J’étais donc bien pris dans un enthousiasme de jeune marxiste !