T.W.R. 58

Tu te dis matérialiste
Et tu ne sais pas ce que ça veut dire
Pour que tu le saches
Il faudrait que tu connaisses
Les secrets de la matière
Ou du moins les mystères
De la vie humaine

T.W.R. 57

S’il n’y avait pas la folie et la bêtise
Surtout la bêtise
Il n’y aurait pas d’histoire humaine
Or l’histoire c’est tout ce que nous avons
On peut présenter l’histoire
Comme une montagne
Que nous essayons d’escalader
Une montagne platonicienne
Nous rencontrons toujours une aporie
Une difficulté logique insurmontable
Qui nous oblige à redescendre
Avant de recommencer
Il nous reste le platonique
Qui nimbe nos amours

P.S. : Le dernier T.W.R. a été publié le 31/8/2016

Louis Moreau de Bellaing

Bienvenue à Louis qui m’a promis de lire mon blog. Louis vint de publier un gros livre illisible, en plus imprimé en petit. Mais Louis a eu une intuition géniale qui évoque le « fil ténu » cher à Régine : les liens « discrets » entre nos péripéties quotidiennes et les grands accidents de l’univers humain.
Il reste aussi à Louis à préciser sa théorie de la connaissance.
Amitiés à toi Louis et aussi à Ariane.

A.B.I. III

Autant mon premier article m’a paru lumineux et séminal, autant le début de mon deuxième me parait abstrus et abscons, de plus daté. il est paru en janvier 1969 dans le numéro 11 de la jeune revue « L’Homme et la Société ».
Essayons malgré tout d’en tirer quelque chose. Le titre de la première partie de l’article est : « L’histoire contestée se remet en question ».
Selon moi, alors, l’hégémonie très relative de la science historique s’accompagnait de l’absence pour celle-ci d’un véritable statut épistémologique lequel me paraissait devoir être aussi scientifique que possible. Je mettais cette exigence sous le nom d’un marxisme renouvelé, de gauche.
L’histoire réelle me paraissait faite d’un ensemble de pratiques qui peut être appelé praxis. La connaissance historique est la science suprême, celle de la praxis, qui devrait utiliser les autres sciences humaines comme autant de sciences annexes.
L’histoire est la plus ambitieuse des sciences, elle sera la dernière à obtenir un statut épistémologique d’autant plus qu’elle doit se le donner elle-même.
Cette opération ne peut être le fait que de la raison dialectique, raison des contradictions historiques qui rendent possible la praxis ( A et Non-A ), mais la raison dialectique n’arrive pas à s’imposer face à la vieille raison aristotélicienne ( A est A ).
La raison dialectique devrait transformer les lacunes de la loi en loi des lacunes, nous permettant de nous rapprocher de la totalité qu’est l’homme à condition de rester dans un processus de totalisation sans fin.
Nous en sommes loin, si loin que le marxisme dans les années soixante était tenté par ce que j’appelais le structuralo-marxisme, d’Althusser et d’autres, un retour de l’aristotélisme dans ce qui devrait être son contraire, le structuralisme faisant figure à l’époque d’idéologie ambiante pour élites intellectuelles.
Cette époque me paraissait marquée par ce que j’appelais la cybernétique, la science nouvelle des circuits intégrés, des réseaux d’informations, à machines automatisées ( voir page 163 de l’article ). Une idéologie technocratique risquait fort de s’imposer. Là je suis fier de mon analyse, en quelque sorte prémonitoire.
Althusser, le plus grand « poète » de l’époque, l’auteur le plus influent sur le langage, avait choisi de s’opposer à l ‘humanisme alors que pour moi il s’agissait de le refonder.
La résistance ne pouvait être que scientifique. Je reprochais à Althusser de faire de la « théorie théorique », c’est à dire de la philosophie. Mon jugement était qu’il ne pouvait y avoir véritablement de philosophie marxiste. Ou bien le philosophe n’était pas marxiste ou bien il n’était pas philosophe.
Ma conclusion était que c’était la part de sociologie historique de l’histoire qui restait à fonder, c’est à dire sa part de théorie, de théorie scientifique.
Près de cinquante ans plus tard l’histoire empirique est plus dominante que jamais, toujours accompagnée de son aura idéaliste et virtuelle, jolies idées, jolies images, peu conscientes le plus souvent,…
Je suis en 2016 moins optimiste et je n’utilise plus un terme ambitieux comme celui de praxis. La Praxis me parait aujourd’hui un témoignage de l’esprit de 1968, époque où j’en ai parlé.
Je ne me réclame plus du marxisme, je me dis marxien, mais je fonde toujours mes analyses historiques de la Production sur la pensée de Marx. La Production est selon moi la première instance de l’Histoire avant le Politique.
Si j’avais été si malin, dans les années soixante, je me serais préoccupé d’écologie, terme scientifique à l’époque, et de féminisme, courants qui sont apparus et se sont développés dans la décennie suivante…
je n’ai pas été tendre avec ce premier article de 1969, le deuxième dans ma petite carrière, mais je lui avais placé en exergue une devise que j’ai conservée : « Dubito ergo ( non ) sum », « Je doute, dons je suis, je doute, dons je ne suis pas ».

A.B.I. II

La mise en valeur du M.P.A. dans mon petit article laissait dans l’ombre la voie d’évolution européenne. Elle n’était esquissée qu’en creux.
Les traits principaux du M.P.A. définissaient leur contraire. Au primat de la propriété étatique des moyens de production, et plus largement publique, devait s’opposer le primat de la propriété privée des moyens de production.
La propriété privée, petite et grande, devait entrainer beaucoup de conséquences dont l’importance du droit privé et du droit en général, garantie par un Etat limité.
En définitive ces caractéristiques « occidentales » devaient aboutir au règne de la marchandise, de l’économie de marché, au capitalisme, à l’impérialisme, à l’hégémonie mondiale sur la base de plusieurs révolutions technologiques.
Après une tentative que j’ai appelée plus tard « para-asiatique », faite d’emprunts à la Chine, le Japon a développé une puissante société féodaliste. A la fin du XIX° siècle le Japon s’adaptera victorieusement au capitalisme inventé en Europe occidentale. Il fut le seul dans son genre.
Quid de l’esclavagisme dont le Japon n’a pas eu besoin et qui caractérise pour une bonne part l’Antiquité gréco-romaine ? Dans notre histoire il était nécessaire. Il ne l »est peut-être pas en théorie.
Il faudra attendre près de vingt ans pour que j’étudie la sphère du Politique et complète ainsi grandement le début d’analyse contenu dans mon petit article de 1965. L’Etat limité, divisé, et pourtant puissant, caractéristique des grandes sociétés « occidentales », sera devenu mon principal objet d’études. Montesquieu se sera ajouté à Marx. Je dis bien « ajouté », n’en déplaise aux dogmatiques au petit pied.
Un dogmatisme encore : Il paraitra curieux à certains que j’appelle le Japon une nation « occidentale », pour des raisons de structure, de logique structurelle du langage, et beaucoup moins étrange que je nomme l’Egypte traditionnelle une nation « asiatique ».
A noter que le thème du mode de production asiatique, fondé sur la production, a été précédé, dans la tradition occidentale, par le thème du despotisme, fondé sur le Politique, dont Montesquieu est l’un des maîtres. Certains parleront de despotisme oriental. Il faut dire que dès l’Antiquité existaient de bonnes analyses du Politique tandis que les grandes analyses de l’économie débutent au XVIII° siècle.

A.B.I. I

Avec cet A.B.I. en chiffres romains je commence une série visant à retracer mon itinéraire intellectuel consacré à la théorie de l’histoire, en passant par mes principales publications :

En 1965, jeune agrégé, coopérant militaire en Algérie, détaché à l’institut d’Etudes politiques d’Alger, je découvrais la polémique marxiste autour du concept de « mode de production asiatique », publiée en particulier dans la revue théorique du parti communiste, « La Pensée ».
Je constatais aussi que les concepts traditionnels de l’historiographie française ne m’aidaient pas pour la compréhension de l’histoire de l’Algérie.
Dans la foulée j’ai écrit mon premier article scientifique,  » le mode de production asiatique », publié en 1966 dans la revue dirigée par Georges Gurvitch, les « Cahiers internationaux de sociologie ».
Cet article est pour moi tellement fondateur que je vais longuement le résumer alors qu’il ne fait que dix pages.
Je distinguais la voie d’évolution européenne marquée par l’esclavagisme, le féodalisme, le capitalisme et la voie dite « asiatique » marquée par une stagnation finale qu’on peut aussi appeler stabilité.
La voie « asiatique » serait caractérisée par le rôle dominant de l’Etat avec lequel se confond la classe dominante qui vit de l’impôt.
J’insistais sur la Chine qui me paraissait un modèle particulièrement réussi, complexe et même splendide de mode de production asiatique ( M.P.A. ), sur sa bureaucratie confucéenne.
Je mettais en valeur la palingénésie, la renaissance périodique qui, à coup de dynasties successives, a marqué la Chine.
Les activités marchandes, très importantes en Chine, sont restées marginales par rapport au modèle dominant.
Face à la Chine le Japon a choisi l’aristocratie militaire de type féodaliste qui a facilité son passage au capitalisme.
En Occident aussi il y a eu des tentations « asiatiques » que l’appelais « pseudo-asiatiques » pendant le Bas-Empire romain et l’empire byzantin. J’attribuais à la Russie un type « semi-asiatique » à la suite de Marx et Lénine.
Dans toutes les sociétés de classes je mettais en valeur la tendance de la classe dominante à prélever une part trop importante du sur-produit.
J’insistais sur les facteurs internes d’évolution sans oublier les facteurs exogènes particulièrement importants au Japon.
Je mettais en valeur la diversité et la complexité des sociétés musulmanes, du désert à la ville, l’Egypte étant un modèle accusé de M.P.A. , un modèle hydraulique, c’est à dire fondé sur l’irrigation !
Le cas classique de M.P.A. s’accompagnerait donc de grands travaux sous la direction de l’Etat.
Je finissais en insistant sur le fait qu’aucune société historique ne correspond parfaitement à un modèle idéal, mais qu’il était bien possible que le M.P.A. soit l’ancêtre du capitalisme d’Etat qu’à l’époque je voyais triompher en Union Soviétique.
Il ne vous reste plus qu’à lire ce petit article disponible sur Google …

Inventaire partiel de mon blog

En dehors de nombreux fabulistes et d’une anthologie de la poésie française de la Renaissance, je voudrais signaler plusieurs séries de « translations » ( traductions-adaptations ) :
En février-mars 2016, sous le nom de code O.K. , Omar Khayyam
En mars-avril, sous le nom de code Fan, Hafez
En avril, —, E.P.O., Edgar Allan Poë
En avril, —, Kyr, Paul Géraldy
En mai, —, Pot, Jacques Prévert
En mai, —, B.L.L., William Blake
En juin, —, Rag , Rosemonde Gérard
A partir de juin la série, toujours en cours, T.W.R. de poèmes personnels
En août, sous le code Fab, une série de poèmes inspirés par un recueil de contes bouddhistes

Je voudrais insister sur deux ensembles d’analyses :
Je suis revenu sur le cas Héraclite que je pense avoir approfondi du 30 juin au 5 juillet 2016
J’ai translaté et librement adapté le Tao-tö king, le livre sacré du taoïsme chinois, sous le code Nô, à partir du 30 juillet 2016; j’ai multiplié les interprétations, en particulier sous le code Nok, du 26 août au 7 septembre 2016.

Le Tao et moi

J’ai toujours été partisan de la tolérance de même que j’étais pour la suspension du jugement. La vie a ramené le jugement par derrière en quelque sorte. Je ne voulais pas juger, je jugeais quand même.
Mon esprit de tolérance est vite devenu abstrait, une prise de position de principe. Il aboutit à une tolérance passive, négative, semblable à celle de Voltaire laissant s’exprimer une pensée avec laquelle il n’est pas du tout d’accord.
La lecture du Tao tö-king m’a confirmé dans une tout autre tolérance, familière, quotidienne, faite de menues concessions afin que nous nous supportions les uns les autres avec nos différences, nos divergences.
Toute sagesse a ses limites. Celle que m’inspire ce que j’ai compris du Tao risque d’être passive, presque fataliste.

Futur et présent

Chacun doit être fier de ses origines quelles qu’elles soient. Il ne doit pas en être prisonnier. Seuls le présent et le proche avenir comptent. On en fait, si possible, ce qu’on veut, quelle que soit la complexité de cette volonté souvent obscure.
Il en va de même des peuples et des civilisations.
Il nous a paru que la Chine traditionnelle était profondément pacifique, mais il est possible qu’en ce moment elle devienne, au prix d’une très profonde révolution capitaliste, une nation impérialiste au sens de Lénine, dépendant du commerce extérieur, de ses investissements à l’étranger, en Asie centrale, en Afrique, ailleurs… La Chine du vieux Pékin et des campagnes traditionnelles se réduit comme peau de chagrin…
L’Occident peut-il devenir un facteur de paix ? L’Allemagne d’Angela Merkel, au coeur de l’Europe occidentale, peut l’être, mais rien n’est assuré.
L’avenir n’appartient qu’à lui-même. Il ne dépend que partiellement du passé qu’est pour lui notre présent.

Le Feu et l’Eau

Les indo-européens en général et l’antiquité classique en particulier ont distingué les quatre éléments premiers de la nature : la terre l’air l’eau le feu
Les sages du V1° siècle avant le Christ, précurseurs des philosophes, se sont réparti les trois premiers éléments. Restait le Feu.
Ce fut Héraclite qui s’en chargea de façon parfaitement cohérente avec sa philosophie du temps, du mouvement, du changement, de la durée…, le seul avec Empédocle, longtemps avant Hegel et, peut-être surtout, Bergson
Adoptant en tant qu’historien Héraclite je me suis rallié, il y a bien longtemps, au Feu.
Mais cet été j’ai produit une adaptation du Tao tö-king, lequel livre a pour élément de base l’Eau, qui est la fluidité, la souplesse même, qui s’étend et se restreint, qui se vide et se remplit… Ici pas de philosophe occidental…
Le Feu selon moi c’est l’Histoire qui se déroule à la surface des choses, ce qui ne va pas sans destructions. Le Feu est isolé des trois autres éléments.
L’Eau selon moi c’est l’Histoire profonde, conservatrice mais acceptant le changement quand celui-ci dure et surtout s’il s’avère positif…
Donc l’histoire selon moi est Feu et Eau, le feu du mouvement apparent, le plus visible, et l’eau du mouvement profond, le plus inscrit dans la durée…
En poursuivant l’association d’idées on peut dire que le Feu correspond à la conjoncture qui nous dévore, le temps rapide, le temps court, et que l’Eau correspond au temps long des structures.