Tout est formé par quatre éléments
La terre l’eau l’air le feu
L’union de ces éléments
Forme une âme intelligente
Sans être consciente
Plus on agit avec bonté
Plus on monte dans l’échelle des êtres
L’âme primitive est presque impossible à percevoir
Les migrations d’un corps à l’autre sont illimitées
Nul n’en garde le souvenir
L’enfance distingue et reste confuse
C’est le premier stade
L’adulte l’oublie et se trouve dépourvu
La plupart des humains ne jurent que par la sensation
Leur intelligence ne se développe pas jusqu’au bout
Dans la compréhension de ce qui vient d’être dit
Une princesse avait beaucoup lu
Lasse des moeurs de la cour
Elle se réfugia en haut d’une montagne
Elle mourut abandonnée
Elle acquit une immortalité personnelle
Elle devint un aigle royal
J’ai trouvé ses ossements
Elle portait son diadème
Fab 48
Une grosse mouche noire et bleue
Est entrée chez moi en bourdonnant
Rien à faire pour la faire taire
je me suis procuré une tapette
Rien à faire pour l’attraper
Elle me regardait de ses gros yeux ronds
De tous les côtés
Pas moyen d’y échapper
Elle s’est nettoyé la tête avec ses pattes
Elle a trempé sa trompe dans mon sucre
Elle voletait partout en vrombissant
Je me suis résigné
Je l’ai presque oubliée
Elle a chanté dans mon oreille :
« je m’en vais tu es gentil
Mais il n’y a rien chez toi »
Fab 47
Le roi récidiva
Il fit enivrer et enlever un autre savetier
Connu pour sa grande gueule
Et ses idées arrêtées
D’abord éberlué par son habit
Et son entourage de monarque
Le roi de la savate s’y fit très vite
Conduit au grand conseil
Il arrêta les débats :
« Il nous faut du bon sens
Du Bon Sens vous-dis-je !!! »
Un vieux ministre blanchi sous le harnais chevrota :
« Selon Descartes… »
» Pas de grossièretés
Je me propose d’interdire le jeu donc les jeux de cartes
Je propose surtout de réduire de moitié les impôts
Vous m’entendez vils conseillers !
Au fait je rattache la corporation des cordonniers
A celle des savetiers
Vivent les savetiers ! »
Il continua sur sa lancée toute la journée
il la termina ivre
Et se réveilla le lendemain
Chez lui frais et dispos
Mais rien n’avait été fait de ce qu’il avait décidé
Fab 46
Un savetier riait aux éclats
Ca le gênait dans son métier
Mais il était content
Le roi le fit venir
Pour percer son secret
Le savetier lui répondit
Qu’il se savait rire
Mais qu’il en ignorait la raison
Le roi l’enivra
Mais n’en sut pas plus
Le prince eut une idée
Il fit déguiser le savetier
Qui se réveilla roi
Il grommela puis grogna
Devant les abus selon lui de l’étiquette
Il n’était jamais seul
On décidait pour lui de ses faits et gestes
Il finit par plaindre le roi
Enivré une seconde nuit
Il se réveilla fatigué les idées confuses
Il se rendit compte qu’il avait moins envie de rire
Fab 45
On sonna
J’ouvris avec diligence
Une fille se tenait à la porte
Ses yeux bleus avaient un goût d’embruns
Ses lèvres dessinaient le joli serpent des fleurs
Je la fis entrer Elle se tenait droite
Elle avait la bienveillance que donne une bonne vue
Un air avenant
Elle me fit l’offrande d’une parole aimable
Je lui dis que le maitre n’était pas là
Elle revint le lendemain puis le surlendemain
Elle revint tous les jours
Je m’étais bien habitué à sa chevelure couleur de forêt
Ses demi-globes jumeaux dans la générosité
Ses fesses de rotondité féconde
La libéralité généreuse de ses sentiments
Son charme si personnel
Dans une sorte de remords
J’ai ajouté les quatre vers suivants :
« Je n’ai jamais vu son mont de Vénus
Que j’imagine fendu et frisottant
Ni sa chatte aux lèvres rouges
Je l’ai devinée succulente »
Je ne devine plus rien
Un jour la fille ne revint plus
je voue un culte à son souvenir tous les jours
Ses lys amis de deux roses
Son nez mutin comme la cavalerie
Par contre je ne me souviens pas
De sa manière de s’habiller
Fab 44
je me suis présenté à une grande maison
Isolée dans la montagne
On m’a demandé de revenir le lendemain
je suis revenu le lendemain
J’ai attendu dans un vestibule
On m’a demandé de revenir le lendemain
je suis revenu le lendemain
On m’a présenté un fauteuil
On m’a offert un rafraichissement
On m’a offert un visage avenant des manières aimables un langage prévenant
J’ai pu exercer ma vue sur la décoration et les personnes
On m’a offert de revenir l’année prochaine
Fab 43
Un homme allait mourir avec toute sa tête
Il réunit sa famille et ses amis :
« Notre vie comme toute existence humaine
Est la rosée matinale qui disparait au premier soleil
Les gouttes de pluie qui tombent sur la rivière
Un éclair qui sillonne le ciel
Notre vie est le bâton qui fend l’eau
Et se retire sans laisser de trace
Un peu d’huile qui brûle
Un torrent qui court sans s’arrêter
La vie humaine est fugace furtive
Ayons-la en compassion »
Là-dessus le vieil homme mourut
Fab 42
La femme d’un riche propriétaire était stérile
Il se résolut à adopter un enfant mâle
Il en choisit un dans une famille pauvre et honnête
Tout se passait de façon convenable
Quand l’épouse tomba enceinte
Il était décidé à donner le fils adoptif
Quand son épouse fit une fausse-couche
il garda l’enfant
Quelque temps plus tard elle enfanta enfin d’un garçon
Le père n’osa pas rejeter l’adopté
Plus le temps passait moins il supportait la situation
Il envoyait l’ainé effectuer des missions difficiles
Dont il se tirait avec brio
Le cadet disparut dans un accident domestique
Le père en mourut de haine
Son dernier fils le pleura
Fab 41
Un roi fut frappé par l’extraordinaire beauté
D’une petite fille
Il la fit enfermer en haut de la plus haute tour
Servie uniquement par des femmes aveugles
Qui devaient tout au prince
Elle devint une jeune fille qui s’ennuyait
Un horrible tremblement de terre
Ebranla toute la région
Mais surtout la tour
Avant qu’elle ne s’effondre
La fille eut le temps de s’accrocher à une grue
Belle et grande comme il y en a dans la région
L’oiseau la déposa près d’un village de parias
Emerveillés par sa beauté ils l’accueillirent avec faveur
Peu de temps après elle tomba amoureuse
D’un petit paria séduisant
Ils se marièrent et eurent quelques beaux enfants
Ils vécurent heureux loin de la ville et de la cour
Fab 40 bis
Je m’en voudrais de ne pas vous conter
Une histoire très proche de l’une de celles
Que je vous ai déjà narrées :
Une miséreuse abandonna son bébé à l’entrée du marché
Un brahmane prédit qu’il deviendrait un sage
Un marchand pensa que c’était le jour pour une adoption réussie
Le bébé avait été recueilli par des paysans
Le marchand le leur racheta
Quelques jours après sa femme lui annonça qu’elle était enceinte
Après des années de stérilité
Il déposa l’enfant près des moutons
Une brebis l’adopta
Le marchand fut obligé de le reprendre
Il ne supporta plus sa présence quand son fils fut né
Il le déposa près d’un hameau
Au courant de son histoire une pauvre veuve
Lui rapporta l’enfant le croyant perdu
Il se résigna à l’élever avec son fils
Sa femme aima les deux enfants comme ses fils
Les deux reçurent une bonne éducation