Une jeune fille ne voulut pas élever son nouveau-né
Lui préférant une carrière de danseuse
Un couple de marchands l’adopta
Il ne pouvait pas avoir d’enfant
Le faux père ne supporta pas le bébé
Le trouvant trop grand pour son âge
Le petit garçon fut abandonné à nouveau
A la porte d’un temple
Une princesse dépourvue d’enfant pensa à l’adopter
Mais le marchand saisi de remords le récupéra
Sa femme tomba enceinte
Il pensa à nouveau se débarrasser du petit
Mais la reine le lui interdit
L’enfant étranger devint un superbe garçon
A la différence de l’enfant de sang
Petit gros et lourd d’esprit
Le père plaça l’ainé chez un potier
L’enfant revint pour les vacances
Grandi heureux et fier de lui
Le père n’en finissait pas de le haïr
Il en mourut
il fut pleuré par les deux garçons
Fab 39
Une colombe fut faite prisonnière
Par l’équipe d’un nabab
Qui se réserva de la manger
Pour son anniversaire
L’oiseau ne supportait pas sa cage dorée
Il refusa de s’alimenter
Le cuisinier ne savait pas comment le nourrir de force
La colombe maigrit
Au point qu’elle put se faufiler entre les barreaux
Légère elle réussit à voler en dépit de son manque de force
Elle prévint les autres colombes
Elles quittèrent toutes le pays
Fab 38
Un homme tomba dans un précipice
Deux démons le réparèrent
Lui changèrent les jambes les bras
Lui mirent un nouveau coeur
Modifièrent son visage
Rentré chez lui l’homme ne fit reconnu par personne
De vieilles femmes commencèrent même à le haïr
Il s’expliqua : « Je ne suis plus moi
Et pourtant je suis moi-même
Mon corps est métamorphosé
Mais j’ai le même cerveau
Qui garde mes souvenirs
Y compris ma chute »
Fab 37
Dans un village des Abruzzes
Avait lieu chaque année
Un célèbre concours des boeufs les plus forts
Un paysan possédait un boeuf noir puissant
Mais il s’en moquait parce que l’animal
Avait les cornes de travers
Vexé le boeuf perdit l’épreuve
Il parla à son patron : » Brosse moi avec soin
Place des fleurs sur mes cornes
Afin qu’on ne les voie plus »
Le boeuf noir gagna cette fois
Les bêtes ne supportent pas d’être humiliées
Fab 36
Une fleur pleurait seule dans le désert
Elle s’imaginait capable de guérir toutes les maladies
Un nomade médecin la cueillit la testa
Elle ne guérissait qu’une seule maladie très rare
Elle tint une conférence de presse :
« Je suis la meilleure des plantes médicinales
Je ne suis qu’à mon début
L’avenir m’appartient »
Elle mourut d’avoir été coupée
Fab 35
J’arrivai épuisé dans un village de montagne
Je découvris peu à peu que les habitants
Etaient tout cabossés
J’en compris la raison : ils portaient tous un marteau
Pour écraser les moustiques
Sur les corps déjà tuméfiés
On me raconta qu’un père avait tué sa fille
En lui écrasant le nez
Sur le bout duquel trônait un damné moustique
Je réussis à dormir sous une pile de draps
Je partis à la première heure
Pensant que les moustiques n’étaient pas responsables
Fab 34
Une maman pélican s’occupait
Avec soin de ses trois enfants
La sécheresse s’abattit sur toute la région
Au bout d’un certain temps
Il devint impossible
De nourrir les petits pélicans
La mère finit pas s’arracher un peu de chair
D’en dessous des ailes
Les petits la refusèrent
Car elle avait la même odeur que la mère
Elle était désespérée
Les enfants finirent par manger
Leur mère reprit espoir
Heureusement la pluie revint
Les enfants oublièrent le sacrifice de leur mère
Fab 33
Une vieille femme perdit son fils unique
Elle le cherchait dans les endroits qu’il fréquentait
Les prairies où il emmenait ses moutons
La forêt où il abattait des arbres
La taverne où il buvait son coup
Elle dépérissait Son entourage lui conseilla
De consulter un médecin du voisinage
Il lui parla avec bonté lui recommanda
De ne pas trop regretter un être périssable
De chérir le meilleur de son fils
De retour chez elle la vieille dame eut un sommeil agité
Le lendemain elle demanda au chien de l’aider à garder les moutons
Elle engagea une équipe de bucherons
Fab 32
Il y a de la douleur
A s’attacher à ce qui doit disparaitre
Tout en aimant et protégeant la vie
Il faut prendre ses distances
Avec la roue des existences
Une jeune femme se trouva vite veuve
Elle ne se vêtit plus que de noir
Elle fit profession de recueillir
Tous les souvenirs de son mari
Y compris des reliques
Sur les environnements où il avait vécu
Elle constitua ainsi un musée
Qui envahit les pièces principales de sa maison
Cependant au cimetière où elle se recueillait chaque matin
Elle fit la rencontre d’un homme encore jeune
Riche et puissant qui lui fit bientôt une cour ardente
Elle demanda à des déménageurs
D’enlever les souvenirs de son défunt époux
Il n’en resta pas un
Fab 31
Quand les paroles ne sont pas suivies par des actes
Elles ressemblent à l’huile d’une lampe
Qui se détruit en éclairant
Un roi épousa une jeune princesse
D’une grande beauté
Et lui promit de l’aimer d’amour tendre
Mais le jeune souverain
S’intéressa bien davantage à la chasse
Au sport et aux affaires de l’Etat
Qu’à sa jeune épouse
Celle-ci se lassa et s’enfuit dans le pays de son enfance
Avec un confident
Le roi pleura à chaudes larmes
Et resta inconsolable