Fab 30

Un jeune homme séduisant
Courait les femmes
Et perdait son argent au jeu
Il empruntait souvent des sommes importantes
A un oncle riche et bon
Qui lui prodiguait ses conseils
Dont le neveu n’avait cure
Un beau jour l’oncle lui prêta dit-il pour la dernière fois
Et le conseilla avec plus de fermeté que jamais :
« Tu finiras comme un rat mort » s’emporta-t-il
Furieux et morveux le jeune homme
Se prit la tête à deux mains
Au bout d’un certain temps il eut une idée :
« je suis un vrai joueur je vais inventer un jeu »
il misa sur l’adresse et l’intelligence
Plus que sur le hasard
Rencontra une énorme succès
S’enrichit
Rendit visite à son oncle pour le rembourser
Mais le vieil homme lui ferma la porte au nez
« je n’aime ni le jeu ni les joueurs »

Fab 29

Tout change tout se transforme
Rien n’est permanent
La mort est radicale
Il n’y a pas de vie antérieure
Mais une foule d’événements
A l’origine d’une existence singulière
On peut dire qu’en général
Le bonheur et le malheur
La récompense et le châtiment
Suivent l’action comme l’ombre
Suit le corps s’il est dans la lumière
Il y a des exceptions comme cette femme
Qui retrouva sa bague
Dans le ventre d’un poisson

Fab 28

Un aigle impérieux
Se croyait immortel
Pour se tester il s’envola vers les étoiles
Avec l’intention de déjeuner sur le soleil
« il y a surement de quoi manger là-haut »
Il montait montait
Le soleil était toujours le même immobile
L’aigle respirait mal
il manqua de suffoquer
S’évanouit
Tomba comme une pierre
A quelques pouces du sol
Par miracle ses ailes se déployèrent
Il ne se fit aucun mal en atterrissant dans l’herbe
Il raconta qu’il faisait vraiment trop chaud sur le soleil
On le crut à moitié
A titre personnel l’aigle
Ne crut plus à son immortalité

Fab 27

Un savant épris des belles choses
Déclara soudainement à son petit-fils
Qui tapait sur un tambour :
« Sais-tu que tu te frappes toi-même ?
Dans une vie antérieure tu as été un boeuf
Et de la peau de ce boeuf on a tiré ton tambour »
L’enfant fit des yeux ronds
Et courut se réfugier dans les bras de sa mère
Le soir même rencontrant la nouvelle fiancée de son fils
Le scientifique lui dit : « Savez-vous que dans une autre vie
Vous étiez un homme qui m’a passionnément aimée
Alors que j’étais une femme ? »
Les yeux exorbités la jeune fille s’esquiva le plus vite possible
Le savant se demanda : « Comment se fait-il
Que je sais des choses que je ne sais pas ?
Suis-je un savant ignorant ou
Un ignorant savant ? »

Fab 26

Un jour naquit dans la confédération helvétique
Plus précisément dans un canton francophone
Un monstre à trois têtes
Et à queue unique
Pendant longtemps tout alla bien
Les têtes hurlaient et sifflaient à l’unisson
La queue suivait sans se faire prier
Mais un jour on ne sait pourquoi
La discorde s’installa
Tout ne fut plus que dissonance entre les trois têtes
Heureusement la queue indiquait scrupuleusement
La voie à suivre
Un tératologue un spécialiste des monstruosités
Déclara qu’il est fréquent
Que les monstres cachent leur intelligence
Dans leur queue

Fab 25

Une jeune couleuvre aurait voulu
Avoir deux têtes
Sa queue l’interpella :
« Sois contente de toi
N’as-tu pas une belle queue ?
Imagines-tu un serpent sans queue ? »
« Je suis contente de toi
N’empêche ! j’aurais bien voulu avoir deux têtes ! »
« Qu’est-ce que tu ferais si l’une voulait aller gauche
Et l’autre à droite ? »
Embarrassée la petite couleuvre
Disparut dans un trou
La queue fit de même évidemment

Fab 24

J’ai consulté un jour un lama rinpoché
Il m’a répondu : « Tu es mort il y a longtemps
Tu as fait une chute de cheval
Tu as été enterré près d’un grand arbre
Qui t’as enlacé de ses racines
Cadavre bien vivant
Tu as été dévoré par un chacal
Qui t’a digéré puis rejeté dans son caca
Celui-ci a servi d’engrais pour les poireaux
D’un jardin potager
Ta mère en a fait une tarte
Et te voici à présent
Encore jeune et bien portant
Mais dis-moi à quoi te sert
De savoir tout ça ? »

Fab 23

Un écureuil avec l’aide d’un raton
Confectionna un baluchon
Il l’accrocha au bec d’une cigogne
Se lova dedans
Et hop ! En route vers l’Italie !
Au dessus des Alpes
La cigogne laissa tout choir
L’écureuil tomba sur un arbre
Bondit hors du sac
Se raccrocha à une branche
Six mois plus tard rentré chez lui
Il rencontra la cigogne
« Pourquoi m’as-tu laissé tomber ? »
« J’étais fatiguée »

Fab 22

il y eut un temps où j’en avais
Un peu assez de tout
Ne sachant pas quoi faire
J’allais voir une jeune sorcière
De bonne réputation
Elle me fit asseoir devant elle
Se fit payer un bon prix
Regarda fixement dans une boule
Peut-être de cristal
Puis elle me regarda : « Dans votre vie précédente
Vous avez été le roi d’un puissant royaume
Pour l’instant c’est tout ce que je peux vous dire »
Chez moi je me suis dit :
« A quoi bon tout ça !
C’est maintenant qui compte »

Fab 21

Une tortue était célèbre pour son silence
On ne cessait de lui en demander la raison
Une nuit ayant bu un peu de rhum
Elle passa aux aveux : « Un jour de printemps
Un oiseau une cigogne me proposa
De me faire voler sur son dos
j’acceptai étourdiment
C’était très agréable de voir le paysage de haut
La cigogne m’avait demandé de me taire
De peur d’avoir un mauvais réflexe
Je m’exclamai : « Oh ! La grande tour ! »
Elle fit en effet un faux mouvement
Une véritable embardée
Je suis tombée Heureusement dans une riivière
Sinon je serais morte
Depuis j’ai juré de me taire »
La petite assemblée garda le silence