Gage III

la loi de la mama
Est la seule loi
Pépère est notre pépère
Le prince des ténèbres
Cherche la lumière
La gravité est
Le poids de l’univers
Trop d’alcool pas cool
Sans amour le misanthrope
Tue ou se tue
Sous le ciel immense
Nous sommes infimes
Mais pas infirmes
Quand il fait froid
Je sors bien couvert

Gage II

Les partis ne sont pas tout
Le pourpre pou pourrit
Du poulpe le pouls
Tu n’es pas seul
Dans ta bêtise
Le converti croit
Ce qu’on lui conte
La carpe du jour
Répète: cueille
La lune diablesse
Le bon copain dit
Ce qu’il pense
Pense ce qu’il dit
Tohu bohu soit
Mais pas toi pas toi

Gage I

Le chat est chauve
Pas la souris qui vole
Autour du clocher
Par vert vent
De printemps
Si douce est la brise
Qu’elle me brise
En mille morceaux
L’amie est partie
A mon âge
L’ami n’est pas remplaçable

Le grand méchant loup
N’aime pas les enfants sages
Nos fleurs déjà sont fanées
Nos fleurs de l’idée

Les Gages

Mon projet est de publier dans les semaines qui viennent mes Gages.
Ces gages-ci sont un mélange de gammes et de gemmes.
Les gammes sont la reprise de certains raisonnements.
Les gemmes sont des reprises poétiques.
Souhaitez-moi bon courage en gage de bonne volonté !
Certains de ces textes peuvent être la reprise d’écrits déjà publiés.
Queques-uns sont des gags, jamais une gageure.

Epitomé 14 : Suite et fin

Ouvrir l’épitomé, c’est ouvrir une boite de Pandore, entrer dans une grotte d’Ali Baba… Je n’ai pas l’habitude de m’épancher, ça me fait du bien, ça me fait un peu peur. Ma mère se plaignait de ceux qui passent leur temps à se raconter. J’ai pris son avertissement au pied de la lettre.
Et me voilà dans le monde de l’épitomé. Je n’ai rien dit sur les amours de mes dix ans, Tintin, Jules Verne que j’ai lu entièrement, y compris son livre posthume, « les naufragés du Jonathan », Alexandre Dumas… J’allais oublier « Alice au pays des merveilles »…
A dix-sept ans j’ai lu Toynbee, le résumé de Somervell, je lui dois ma vocation profonde que j’appelais à l ‘époque « sociologie historique » et maintenant « théorie de l’histoire »…
A vingt ans j’ai lu la « Recherche » de Proust et je m’y suis senti chez moi… Ce n’est quand même pas parce que j’habitais la plaine Monceau à l’étage des bonnes…
En 1962 Régine et moi nous rendions souvent à la cinémathèque française…
Les conditions de ma rupture avec l’Eglise catholique ne m’ont pas rendu anti-clérical. C’est donc avec plaisir que j’ai rencontré en 1972 le curé de ma paroisse, Paul Cosson, qui m’a invité chez les Oratoriens…
Il vaut mieux que je m’arrête d’exhumer mes souvenirs…
J’ai presque envie de pleurer…
Hourra ! Haut les coeurs ! Je vais avoir soixante-dix-huit ans dans un mois et je me sens très jeune, d’esprit évidemment !

Epitomé 13 : Hegel

Je lisais beaucoup. Raymond Aron, Gurvitch, Lévi-Strauss et bien d’autres ne m’ont pas échappé. Mai ma quête des classiques n’était pas terminée, n’était pas terminable.
J’ai même fini pas décider que si j’avais deux oeuvres à emporter sur une île déserte, ce serait la Bible et Shakespeare.
Mais je n’avais garde d’oublier les traditions chinoises et hindouistes. Un exemple, sortant du bac, je me suis rendu compte qu’on ne m’avait rien appris sur les cultures extra-européennes. Avec mon peu d’argent, je me suis acheté un livre sur le bouddhisme, religion que j’ai toujours en haute estime.
Je rappelle que quelles que soient les convictions de chacun, il est impossible d’enlever à l’humanité ses religions.
Il me manquait un auteur essentiel, religieux, fondateur de la dialectique historique, qui fait de lui-même, du protestantisme, de l’Allemagne l’aboutissement de l’histoire, Hegel.
Mais sa philosophie de l’histoire mérite beaucoup mieux que ce résumé car elle pose des problèmes de méthode fondamentaux. Comment penser, présenter, dire la dialectique fondatrice de l’histoire ?
C’est en 1973 que j’ai passé un été à lire les oeuvres essentielles de Hegel que sont « la Phénoménologie de l’Esprit » et « la Science de la logique ».
Hegel est à ce niveau un auteur très difficile. Un exemple : j’ai deviné une quatrième dimension dans sa dialectique, mais je n’ai pas réussi à l’isoler.
Il reste que Hegel est l’inventeur de la dialectique historique qui contrairement à la dialectique antique, art du raisonnement par raisons alternées, se transporte dans les faits historiques eux-mêmes, non sans idéalisme. L’histoire est désormais faite de multiples contradictions qui chez Marx deviendront matérielles et réelles.
Pendant longtemps je me suis constitué prisonnier d’un hégélianisme du pauvre.

Epitomé 12 : La Suisse et l’Italie

Notre fille, Anne, il y a longtemps, m’a posé une énigme historique que l’on trouve dans la bouche du personnage maléfique, interprété par Orson Welles, dans « le Troisième homme » : vers 1500 de notre ère la Suisse était organisée en républiques vertueuses, rurales et urbaines, tandis que l’Italie était principalement faite de républiques vicieuses et criminelles.
Le problème est que c’est l’Italie qui est la patrie de la Renaissance , de Léonard de Vinci, de Raphael, de Michel-Ange…
Mon aspect rousseauiste, décidément indestructible, me fait pencher du côté de la Suisse, du canton de Shwytz comme de la ville de Genève, future patrie de Rousseau. Mon aspect voltairien me fait tolérer le crime au prix du génie.
Vers 1960, en dépit de mes orientations politiques, hostiles à l’époque à l’impérialisme américain, je préférais New-York à Moscou, la patrie de ce qui devenait la post-modenité, à celle du « réalisme socialiste ».
Mais, en 1974, étant à New-York, dans un milieu d’universitaires juifs, j’ignorais l’existence même d’Andy Warhol et de sa « factory ».
Le paradoxe est présent dans la pensée de Marx et d’Engels. Après le communisme primitif, fait de minuscules sociétés où les conflits étaient rares et personnels, l’immense terre des chasseurs-cueilleurs étant non-propriété, le progrès historique n’a eu lieu que grâce à la lutte des classes et ses multiples injustices. « L’histoire progresse par son mauvais côté ».
Ma réponse à l’énigme, que je posais au début de cet article, est que l’Italie des Médicis était cent fois plus riche que la Suisse obligée d’expatrier des mercenaires en France, à Rome…
Les Pays-Bas, protestants et commerçants du début du XVII° siècle, ont connu une première révolution bourgeoise et un apogée de l’art.

Epitomé 11 : Le faux, moment du vrai ?

Notre existence historique est si complexe que sa vérité comporte toujours de l’erreur. Il importe fondamentalement que la vérité globale soit essentielle. L’erreur est inévitable. il est essentiel qu’elle soit marginale.
Ces propositions presque banales ne sont valables que dans le temps, la temporalité historique.
Dans un premier temps j’étais du côté de Jean-Jacques Rousseau, de Jean-Jacques réinventeur du sentiment, et de Rousseau, penseur du Contrat social, fondement de la Démocratie.
Avec l’expérience j’ai apprécié de plus en plus Voltaire, son esprit certes, mais surtout son réalisme historique qui cotoie parfois le cynisme et surtout son plaidoyer fervent pour la liberté d’expression.
Mon premier mouvement avait été en partie une erreur. Tout au moins c’est ce que je pense aujourd’hui.
A dix-sept ans, en 1955, mon engagement était très simple. Etre le plus à gauche possible sans tomber dans le dogmatisme, le sectarisme, encore moins le fanatisme.
En 1956 La lecture assidue de « France Observateur », l’ancêtre plus militant du « Nouvel Observateur », m’aidait. J’ai écrit le seul article politique de ma vie, un articulet, favorable à l’union populaire, l’union des gauches, dans la revue de Marceau Pivert, leader de la gauche de la S.F.I.O., « Correspondance Socialiste Internationale ».
La conjoncture historique, les guerres de décolonisation, la puissance de l’énorme bloc « socialiste », le prestige du P.C.F., parti communiste français, y compris sur le plan intellectuel, m’ interrogeaient en profondeur.
En 1962, à la fin de la guerre d’Algérie, alors même que notre petit P.S.U. n’avait pas démérité, avec un certain nombre de copains, nous l’avons trouvé faiblard à côté de la puissance du « Parti ». Ils ont adhéré à l’organisation des étudiants communistes. Régine et moi avons choisi une petite cellule de quartier. Toujours cette vocation de militants de base.
Dès 1965 je quittais le parti sur la question du soutien à Mitterrand pour le premier tour de l’élection présidentielle. Peu militante à ce niveau, Régine, plus sociale, a été exclue en 1968.
En 1961 j’avais pris le parti de la Chine dans le conflit sino-soviétique. En 1971 j’étais vaguement maoïste. J’ai réadhéré au P.S.U. pour le quitter en 1973. Par lassitude. Je n’ai plus jamais milité dans une organisation politique.
En 1991 le monde qui avait fondé ma jeunesse s’est effondré. L’union Soviétique a implosé. La Chine était de plus en plus capitaliste…
En 1960, à titre personnel, Régine a effectué un voyage d’études dans la Yougoslavie titiste, celle du maréchal Tito, qui représentait une alternative au stalinisme grâce à l’autogestion, l’autogestion des entreprises collectives. Que reste-t-il de cet espoir ?
Pendant des dizaines d’années j’ai espéré qu’en dépit de ses monstruosités, staliniennes et autres, le marxisme-léninisme représentait une simple phase historique, que le primat de la propriété collective des moyens de production permettrait une issue heureuse, une reprise de la marche vers le socialisme.
Hégel a eu cette phrase, typique de sa dialectique historique : »Le faux est un moment du vrai ». Il n’a pas tort, pas du tout, mais souvent le faux est simplement un moment du faux.

Epitomé 10 : Vers Marx

J’ai adhéré à la S.F.I.O. la veille de mes dix-huit ans. J’étais profondément socialiste. Du moins le croyais-je. Marx ne m’intéressait pas particulièrement. Je me cherchais plutôt du côté des utopistes français.
Puis j’ai évolué sous de multiples influences, en particulier la guerre d’Algérie et la trahison de Guy Mollet, président du conseil S.F.I.O. en 1956. Dès 1958 j’étais à la fondation du P.S.A., parti socialiste autonome.
Je lisais peu à peu Marx et Engels, à commencer par leur  » Manifeste du parti communiste ». J’aimais singulièrement Engels, son « Anti-Dühring ». A vingt-trois ans, en1961, je me suis rallié au marxisme.
Je suis resté fidèle à cet engagement. mais aujourd’hui je me dis marxien. Depuis 1972 mon mot d’ordre est : « Le marxisme est mort, vive Marx ! ».
J’ai lu la totalité du « Capital », y compris le deuxième tome si aride et plat à cause de la maladie de Karl, j’ai lu les articles de soutien au président Lincoln, la réponse à la citoyenne Véra Zassoulitch, où Marx montre un certain embarras face à la Russie : contrairement à Engels il lui laisse la possibilité de brûler les étapes historiques sur la voie du socialisme.
Engels s’est montré plus « marxiste » que Marx qui disait qu’il n’était « pas marxiste ». Engels dans son étude sur « les origines de la famille, la propriété privée et l’Etat » refuse toute autre ligne d’évolution que l’occidentale : esclavagisme-féodalisme-capitalisme, tandis que Marx esquissait une voie »orientale » dans ses études sur l’Inde, en faisant une rapide allusion au « mode de production asiatique ».
Marx est pro-capitaliste. Il considère que le capitalisme est un gigantesque progrès par rapport aux sociétés qui l’ont précédé. Lénine s’en souviendra en instituant en 1921 la N.E.P., nouvelle politique économique pro-capitaliste.
Disciple de Smith et Ricardo, Marx les plagie parfois. Il ne prétend en aucune façon créer une autre économie politique. il pense critiquer celle qui existe. Son apport principal est la « plus-value » ( sur-valeur / « mehrwert » ) qui est due au fait que les prolétaires sont payés à la valeur des marchandises qu’ils consomment et non à celle des marchandises qu’ils produisent. D’où le profit.
Mais Marx admet une « baisse tendancielle du taux de profit » à l’instar de ses prédécesseurs. Le capitalisme se caractérise par une perpétuelle fuite en avant à la recherche de nouvelles techniques et de nouveaux débouchés. D’où le colonialisme, l’impérialisme, le néo-impérialsime d’aujourd’hui.
Pour moi Karl Marx est le fondateur de la théorie des modes de production que j’ai essayé de compléter dans « Pour l’histoire » en 1971.

Epitome 9 : Stoïques épicuristes

Dans mes années studieuses j’ai lu beaucoup de choses. Je n’ai pas oublié Lavelle, Brunschvig, Renouvier…
J’ai pris contact avec le stoïcisme et l’épicurisme, les grandes doctrines morales de l’Antiquité.
Mon amour de la loi tant naturelle qu’humaine m’a fait apprécier le stoïcisme. J’ai aimé le manuel d’Epictète. Je n’en suis pas devenu tellement stoïque.
Je suis spontanément panthéiste, ce qui m’a fait croire à moitié dans le grand Etre du premier stoïcisme.
Un problème légué par les stoïciens me turlupine : une faute vénielle, mais radicalement opposée à la logique doctrinale, n’en devient-elle pas mortelle ?
Par exemple un petit mensonge ?
J’étais indulgent pour les épicuriens divers qu’on rencontre en particulier dans la tradition française. Je dirais même plus qu’indulgent.
Je ne comprenais guère Epicure, sa logique profonde. Ce n’est que tardivement que je crois l’avoir comprise. La discipline du plaisir chez le maître n’a rien à envier à la discipline de la loi chez les stoïciens. Il faut prendre au sérieux sa recherche des plaisirs naturels, simples, nécessaires. A notre époque Epicure serait écolo.
La vraie doctrine d’Epicure, je l’appelle épicuriste, loin des facilités des épicuriens, bien agréables le plus souvent.
Pour compléter ce début d’analyse, je dirais que spontanément je me sens plus proche de la logique globale, holistique des stoïciens que de la logique atomistique d’Epicure, cependant plus favorable à l’individualisme.