La liberté d’initiative

La force fondamentale du capitalisme réside dans les libertés qu’il accorde ou tolère. Parmi ces libertés, la liberté d’expression même si elle donne souvent un sentiment d’impuissance ; et puis la liberté d’entreprise, liberté qui est individuelle, mais qui aboutit à des résultats collectifs. Il y a des génies de l’entreprise comme il y en a en littérature et ailleurs. Il y a là un aspect paradoxal du génie humain qui relève de la formidable inégalité des talents, congénitale et sociale.
Il est normal d’insister sur les grands mouvements collectifs, il ne faut pas oublier le rôle des individus.
Le socialisme qui est peut-être à venir supposera à la fois le primat justifié des véritables intérêts collectifs et les libertés individuelles, dont celle de s’exprimer, dont celle d’entreprendre. Contradiction, oui, comme d’habitude. Il est fondamental de ne plus confondre socialisme et une autre forme de despotisme.

La voie occidentale ?

La fameuse voie occidentale, qu’Engels a universalisée, est éminemment pré-capitaliste. Le problème est que cette voie ne comporte que deux exemples : l’Europe occidentale, extrémité de l’Extrême-Occident, soit !, et le Japon, extrémité de l’Extrême-Orient !
Ces deux petites contrées sont passées toutes deux par le féodalisme. Un féodalisme très organisé au Japon à base de politesse qui là-bas est une grande vertu. Le code de l’honneur est poussé à un extrême. Le personnage symbolique du féodalisme occidental est le chevalier, du féodalisme oriental est le samouraï.
Le féodalisme japonais est issu de l’échec du para-asiatisme, du pseudo-tributaire. Le féodalisme occidental provient de la dislocation finale de l’esclavagisme, de l’esclavagisme antique, unique exemple d’hégémonie durable de ce mode de production, en fait de ce mode de production dans l »évolution universelle.
Là la voie occidentale est bel et bien unique. L’esclavagisme fait à juste titre horreur. Mais cette époque riche et paradoxale est aussi celle des premières républiques, des premiers citoyens et des premiers philosophes, dont Platon et Aristote.

De l' »asiatique » au « tributaire »

Dés ma découverte en 1965 de la discussion marxiste du concept de « mode de production asiatique » (1963-1964 dans la revue « La Pensée » ) je me suis posé la question de la pertinence de ce terme : « asiatique », d’autant plus que des exemples majeurs de ce mode de production sont américain avec le Pérou inca, africain avec l’Egypte antique. J’ai fini par proposer au début des années 70 un colloque international pour unifier le vocabulaire. Ce symposium ne s’est jamais tenu.
Aujourd’hui je saute le pas. A la place d' »asiatique » je propose « tributaire ». Toutes les sociétés dites « asiatiques » ont en commun que la classe dominante prélève le tribut sur les populations soumises. C’est ainsi du reste qu’elle se définit.
Un problème secondaire est que ma définition du mode de production « asiatique », conforme à la tradition, comporte l’existence des grands travaux d’Etat. Le mode de production que j’appelle désormais « tributaire », à cause de ce fameux tribut, correspond à la vaste série des modes de production « sub-asiatiques », sans grands travaux, pas assez en tout cas pour les caractériser.
Mais alors le mode de production « asiatique » ? je propose de l’appeler désormais mode de production super-tributaire, avec ses grands travaux.
Troisième et dernier cas de figure : les modes de production que j’ai appelés « para-asiatiques ». Ils sont fragilisés par la contradiction létale entre leur sommet étatique et la base clanique et tribale. Elle les rend provisoires. Pourquoi ne pas les nommer : « pseudo-tributaires » ?
« Pseudo-tributaires » seraient la Grèce mycénienne du II° millénaire avant le Christ et le Japon de la fin du I° millénaire après le Christ. La première cherchait à imiter principalement la Crète, le second plagiait la Chine. Le pseudo-tributaire serait un cas d’imitation qui n’a pas réussi.
A noter que la Grèce et le Japon se situent aux bords extrêmes du continent asiatique, l’une à l’Ouest, l’autre à l’Est. Deux marginalités en quelque sorte.
P.S. : Remarquons aussi qu’à part cette tentative grecque, partielle, éphémère, l’Europe s’est montrée réfractaire au tributaire, à « l’asiatisme », sauf la Russie qui de ce fait ne fait pas tout à fait partie de l’Europe.

L’idéologie française

L’idéologie française est magnifiquement bourgeoise et petite-bourgeoise. La France est un pays de propriétaires petits et grands. Ceux qui ne possèdent rien souhaitent posséder quelque chose.
Rien de mal à ça, me direz vous. C’est vrai. Mais le résultat, au niveau de l’idéologie, c’est-à-dire du système social des idées, est que la France est un pays réfractaire au marxisme.
Ce n’est que pendant un courte période, les années soixante et le début des années soixante-dix que le marxisme a été snob. Grâce à Sartre d’abord, puis à Althusser. Le drolatique dans l’histoire étant que Sartre restait fondamentalement existentialiste, qu’Althusser était un structuraliste, vidant son marxisme de toute dialectique, de tout sens des contradictions.
En 1976 le jeune Bernard-Henri Lévy, cornaqué par Françoise Vierny, a enfoncé le clou. Le pseudo-marxisme à la française s’est dégonflé sans gloire. Il n’avait jamais eu de génie.
A l’heure actuelle il est plus difficile que jamais en France d’être marxiste. Tout s’est effondré, à commencer par l’Union Soviétique, puis la Chine maoïste…, enfin le P.C.F. .
Depuis le début des années soixante-dix un de mes thèmes est : « Le marxisme est mort, vive Marx ! ». Je n’ai jamais adhéré au marxisme-léninisme. Je ne suis pas marxiste, mais marxien. Certaines de mes propositions sont proches de celles du jeune Benedetto Croce, le théoricien italien. Marx est bien utile pour penser l’économie ou plutôt la Production. La production est la base, ce n’est pas le tout de l’Histoire.
P.S. : Je pense avoir montré en 1983, dans « Critique du Politique », l’importance des diverses instances des sociétés, dont la production et le politique.

Le pari de Pascal à l’envers

Pascal pariait sur l’existence de Dieu. Je parie sur l’absence de Dieu.
Nous parions tous les deux parce que nous ne sommes sûrs de rien. Nous ne pouvons pas prouver que Dieu existe. Nous ne pouvons pas prouver que Dieu n’existe pas.
A l’argument cosmologique : Il a bien fallu un Dieu pour créer le monde, il est facile de répondre que le monde s’est créé tout seul. La physique théorique est proche de réponses sur ce point. Elle seule est responsable de nos idées sur l’infini.
A l’argument ontologique : Le concept de Dieu est si parfait qu’il comporte son existence, il est facile de répondre que ce raisonnement est fallacieux. Rien n’est plus parfait que ce qui n’existe pas.
Parier sur Dieu à cause du Paradis est imbécile. Mon Dieu, s’Il existait, donnerait le paradis à ceux qui se comportent humainement et pas seulement à ceux qui l’adorent. Je ne supporte pas un Dieu narcissique qui exige qu’on l’aime.
Pour vivre aussi bien que possible suivant mes critères je n’ai pas besoin de l’hypothèse Dieu.

Tout est Histoire

Je ne répéterai jamais assez que tout est histoire. Tout, absolument tout. Du Cosmos à notre petit univers, de notre planète à la moindre particule infra-atomique genre quark ou « corde ».
On peut partir d’un absolu, l’Etre, comme je l’ai fait dans mon ontologie, publiée dans la rubrique « Feuilleton théorique » de notre site, commun à Régine et à moi, ( « Contradictions militantes », hébergé par les éditions l’Harmattan ), l’Etre se résoud dans le temps qui le manifeste, l’exprime, devient Lui…
Dire que tout est Histoire devient le sommet de la philosophie, sa base et son développement. La grande philosophie classique, au delà d’Héraclite et d’Empédocle, est faite de programmes partiels qui ont le mérite d’être des propositions de travail, bien utiles au demeurant. Le défaut de ces admirables dispositifs est qu’ils relèguent le temps à une dimension secondaire et incompréhensible. Dire que tout est histoire n’a de sens que si on travaille cette hypothèse chaque jour en vivant tout simplement avec quelques idées cependant.
Tout est temps, le temps est tout.
« Tout est histoire » ne se contente pas d’initier une possible philosophie du temps. il devient une théorie du Bon Sens associé au sens commun. A ce compte là des millions de personnes savent intuitivement que tout est histoire. Tout est Histoire.
Même les monothéismes officiels se sont cru obligés de s’inscrire dans l’Histoire en proposant une origine du monde, une histoire sainte, des anecdotes édifiantes, des symboles, un calendrier… Les religions sont histoire.
Le problème est que nous nous baignons dans le temps, nous naissons, nous vivons, nous mourons, nous ne savons pas ce qu’est le Temps.
« Tout est Histoire » reste une hypothèse qui a le mérite d’une certaine évidence. Le cheminement à partir de cette évidence passe par bien des étapes, dont une intéressante phase kantienne, c’est-à-dire la nécessité d’établir des règles durables de l’entendement. ( Cf. là encore mon ontologie sans que le nom de Kant y soit mentionné ).
Le chemin continue. A chacun le sien… Ni dogmatisme, ni scepticisme… Vive l’empirisme à condition de le rationaliser…Particulièrement l’empirisme des historiens…

L’antisémitisme

L’antisémitisme est stupide et sordide. Il n’y a aucune raison sérieuse d’être antisémite sinon de ne pouvoir accepter l’existence d’une minorité, religieuse, ethnique, alors même qu’elle est inoffensive. Certes on peut toujours calomnier.
Par exemple au Moyen-Age en Europe occidentale les juifs étaient l’objet de nombreuses interdictions professionnelles, en particulier le travail de la terre dans des sociétés rurales ! On a eu le front de leur reprocher de se rabattre sur les métiers de l’argent ! Ceci dit les juifs étaient bien utiles pour servir d’intermédiaires entre l’Orient et l’Occident, surtout en matière de médecine.
L’émancipation des juifs à partir de la fin du XVIII°siècle a réglé bien des problèmes, en a suscité d’autres, dont l’envie vis-à-vis des succès d’une communauté autrefois si facilement méprisée. L’Envie, moteur si important des choses humaines !
Il n’y a aucune raison d’être antisémite ( et de façon générale d’être raciste ).
Deux peuples seulement ont eu de bonnes raisons d’être anti-juifs. Les peuples de l’antique Canaan victimes de la première création d’Israel, les Palestiniens d’aujourd’hui victimes de la seconde création de l’Etat hébreu. National ou du moins nationalitaire, ce positionnement anti-israélien n’est pas en lui-même un anti-sémitisme.

Honte et horreur

L’histoire humaine nous enseigne la beauté des grandes oeuvres et la bonté des efforts tenaces pour vivre. Elle nous apprend aussi l’horreur répétée des massacres, des menées humaines-anti-humaines.
L’histoire est le coeur de la philosophie, elle est la philosophie même au sens antique de recherche de la sagesse et non au sens moderne de superficialité abstraite. Il faut être bien sage pour supporter les horreurs de l’histoire.
Face à ces contradictions le fanatisme est la pire des absurdités. Seul en profondeur compte le doute méthodique susceptible de prendre bien des formes, de la plus scientifique à la plus existentielle.
Face au fanatisme islamiste il n’y a d’autre solution que la lutte à mort comme je l’écrivais le 12 août 2014. La très remarquable unité du peuple français après les assassinats terroristes des 7, 8 et 9 janvier 2015 est un exemple réconfortant pour l’avenir. Rien n’a manqué dans une étonnante spontanéité populaire, empreinte d’une grande dignité, les larmes devant l’ignominie des meurtres aux dépens de dessinateurs, le slogan : « Je suis Charlie », sans compter « je suis flic », « je suis juif »…
Il faut dire que la liberté d’expression est la liberté la plus tangible, la dimension la plus vivante dans la triade républicaine : « Liberté, égalité, fraternité ».
« Je suis Charlie », nous sommes Charlie, nous devons continuer à être Charlie pour le rire de la raison.
Comme je le disais il y a longtemps déjà, il n’y a pas de telle chose comme le prétendu « choc des civilisations ». Le concept contemporain de civilisation est du XX° siècle, illustré par des auteurs comme Toynbee ou Braudel. Il est complexe. On ne sait même pas combien il y a eu de civilisations. Il s’agit d’une abstraction utile. Il n’y a pas de choc des abstractions sinon dans l’abstraction virtuelle.
On peut même faire l’hypothèse d’une stratification des phénomènes de civilisation. Il est possible que sous la diversité des civilisations existent des soubassements particuliers, africain, eurasiatique, extrême-asiatique.
Dans la réalité concrète on rencontre des cultures, au sens ethnologique du terme, qui s’opposent facilement sur des détails de rites divers.
Mais face à l’islamisme radical il y a bien un combat de Civilisation, civilisation au sens du XVIII° siècle. C’est la Civilisation contre la barbarie, la plus inepte, la plus effrénée, la plus monstrueuse, la plus in-humaine.

Poème automatique

Vincent règne à l’ouest envouté Le portrait secret de Nana est petit Notre cher policier est atteint Son acolyte aguicheuse de l’année à Pigalle monte le son Elle est bien belle ! Peu de films sont des affaires La culture du dragon est une extrême mécanique Il était une fois l’enquête tous risques Un trop long cancan gâche le chocolat Le soleil n’est pas un trésor mais un serment Tout n’est pas illusion préjugés orgueil Nos aventures fêtent un monstre Vincent est toujours à l’ouest

La grande prohibition

Due à des raisons d’une haute moralité la prohibition de l’alcool aux Etats-Unis dans les années vingt du XX° siècle a suscité un véritable triomphe du gangstérisme.
Dans les années dix du XX1° siècle la prohibition mondiale d’un certain nombre de drogues a entrainé la victoire officieuse du gangstérisme, du crime organisé dans bien des Etats et un trafic supérieur à tous les autres pour légaux qu’ils soient.
Ces drogues, y compris la plus inoffensive d’entre elles, le haschich, sont dangereuses pour la santé. Mais le pire est la clandestinité délétère de leur consommation qui handicape de plus leur suivi médical.
Ceci est un message pour 2015 et les années suivantes.