Lyr 60

Le ciel est saisissable
La terre est pénétrable
Un serpent dévore l’âme
Le givre ronge les os

Les chiens reniflent
Aboient se lèchent la patte
Grâce à l’homme aux orchidées
Voici la fin des calamités

J’avance à cheval sur le chemin sans retour
Plus hauts que des montagnes
Les flots nous submergent
Masque d’or et yeux de jade

Nous ignorons la hauteur du ciel la profondeur de la mer
Le soleil et la lune rongent nos corps
Pourquoi le jour revient-il ?
Pourquoi la nuit revient-elle ?

Lyr 59

L’orchidée est solitaire
Ses yeux sont remplis de larmes
Rien qui puisse unir les coeurs
Des brumes en fleur

Le tapis est fait d’herbes folles
Le dais de branches de pin
Le vent revet une robe
Toute bruissante d’eau

Ses pendentifs sont des larmes
Les grandes bougies se sont éteintes
La bise poursuit les averses
L’homme de sens commun est affligé

Une âme embaumée nous rend visite
Le poète n’a pas besoin d’être consolé
Les fantômes chantent ses vers
Son sang descend en terre

Lyr 58

Des émeraudes en gerbes
Jaillissent dans les ruines anciennes
Les fleurs sont-elles des fleurs ?
La brume est-elle la brume ?

Elle arrive à minuit
Elle part avant l’aube
Elle est douceur éphémère
Elle ne laisse pas de trace

Je connais un vieux charbonnier
Il coupe du bois
Puis le brûle pour en faire du charbon
Son visage est de feu et de suie

Tempes grisonnantes et mains noircies
Son vêtement est bien mince
Il souhaite un temps froid
Et même glacial

Lyr 57

Aucun vol d’oiseau
Nulle trace humaine
Sous son chapeau de paille
Un vieillard pêche la neige du fleuve gelé

Le vieux pêcheur passe la nuit
Sous les falaises
A l’aube il réchauffe de l’eau
Il disparaît du soleil naissant

L’écho de son chant
Réveille le fleuve et les monts
Les nuages voguent
Insouciants

Les herbes sont tendres dans la prairie
Elles se fanent et repoussent
Les feux sauvages n’y peuvent rien
Elles parfument la voie ancienne

Lyr 56

« J’adore la propagation rectiligne de la lumière »

Tu traverses le pont
Tu prétends chercher des simples
Au fond de la montagne
Les nuages sont épais

Ta demeure oisive n’a pas de voisins
Les oiseaux se nichent confiants
Tu traverses le pont
Un paysage autre s’ouvre devant toi

On déplace un rocher
Les racines des nuages sont libres
On est sur le point de partir
On songe déjà à revenir

Je serai au rendez-vous à la date convenue
On longe une eau froide
Des cris de bêtes résonnent dans le vide
Le soleil sombrant effraye

Lyr 55

Les nuages sont épais
On ne sait plus où …
IL DORT SUR UNE PIERRE
Ramassée dans le ruisseau

Sous les bambous
L’eau du puits rejoint l’étang
Voyageur insomniaque
Il entend l’arrivée de la pluie

Les cigales nocturnes
S’en donnent à coeur joie
Il se réveille surpris de son lit de pierre
Dans sa hutte de chaume

Une cigogne porte sur son dos un enfant
Le sentier herbeux mène à un jardin négligé
Les oiseaux nichent sur les arbres de l’étang
Sous la lune quelqu’un frappe à la porte

Lyr 54

Imaginons la voie
Le lion sans peur rugit
Les animaux perdent leur dignité
Près de sa majesté

Les dragons sont ravis
Comme de gros lézards
Le coeur est un clair miroir
Un reflet infini

Pourfendons le vide
Aux mondes sans nombre
Miroitant ombres et lumières
Perle irradiante

Ils perdent leur temps à brûler le ciel
Je bois leurs cris comme de la rosée
Purifié je me fonds dans l’impensé
Les lunes de l’eau retournent à la même lune

Lyr 53

Le froid me hante
Je pense à un ami dans la montagne
Je le vois ramasser des fagots
Près du ruisseau

Je le vois cuire ses légumes
Sur le foyer aux pierres blanches
Par cette soirée de vent et de pluie
Il ne sème pas de traces de pas

Les feuilles mortes couvrent la montagne
Entourée de bambous dépouillés
Ma pauvre cour est contrainte à l’humilité
Le vent et la pluie ont cassé les tiges des iris

Dans les feuillages les oiseaux chantent
Nulle trace humaine sur les mousses vertes
Chacun pense que le jour est durable
Les arbres sont lourds de fruits

Lyr 52

Savez-vous s’il y a un démon des eaux ?
Les têtes éclatent dans le monde en colère
La moindre pensée est démantelée
Par les vagues déchaînées

La pensée se tend
Vers le lointain des humains véritables
Notre esquif est trop frêle
Nous ne réussirons pas la traversée

Nous sommes pourtant tenus par le désir
De découvrir l’île au mont pourpre
Oiseau géant oiseau montagne
Je voudrais tant être fulgurant conne toi !

Je suis seul à chérir les herbes cachées
Un oiseau jaune chante dans le feuillage
Monte la crue chargée de pluie
Une barque dérive devant l’embarcadère désert

Lyr 51

Le coeur palpitant est soudain gagné par la paix
Le maître joue de son luth aux nuages harmonieux
Ainsi fait-il entendre les eaux
Au coeur du vide danse le fleuve

Tout voyageur est submergé par l’écoute
Une pure mélodie qui livre le mystère obscur
Les platanes soupirent
Les iris sont blancs pour exhaler des fragrances étranges

L’eau vive caresse les rives
Un vent plaintif disparait
La musique est terminée
Toute présence est effacée

Seuls quelques monts bleuissent
La pluie tombe sur la mer
L’écume incrimine l’arbre dans la brume
L’archipel sombre est près de s’envoler