Ts 28

Un brave type affirma un jour :
« Qui peut voir le non-être comme sa petite tête
La vie comme son dos
La mort comme son cul
Qui sait que l’existence et la non-existence
Forment un seul corps
Celui-là peut être notre ami »
Un autre gars tomba malade :
« Mon dos est si courbé
Que mes intestins traînent au dessus de moi
Mon menton farfouille dans mon nombril
Mes épaules s’arquent au-dessus de ma tête »
Cependant cet autre gars paraissait paisible :
« Si mon bras gauche devient un coq
Je pourrai annoncer l’aurore
Si mon bras droit devient une arbalète
Je pourrai tirer le canard
Si mes fesses se changent en roues
Je pourrai grimper sur moi-même
Pour m’emmener faire un tour
J’ai reçu la vie le temps venu
Je la rendrai quand le moment viendra
Quiconque comprend l’ordre des choses
C’est à dire que tout a lieu au bon moment
Sera indifférent à la joie comme à la peine
Depuis toujours quand on se querelle
Avec la réalité on perd
Voilà pourquoi je ne me plains pas »

Ts 27

Nous prenons forme humaine
Pour nous en délecter
Chaque modification
De cette forme constamment changeante
Donne l’opportunité de se réjouir
Les possibilités humaines
De l’humain sont infinies !

Ainsi le sage flâne-t-il à l’aise
Dans ce monde où rien n’est malvenu
Il se délecte de la maladie comme de la santé
Il se réjouit d’une mort précoce
Il s’amuse de la vieillesse
Il se délecte du début
Du milieu et de la fin
Il n’exclut ne rejette aucune expérience
En cela il est comme le Tao
En cela il est un exemple parfait

Ts 26

Le sage marche à pas légers
Il ne prend au sérieux
Ni la vie ni la mort
Si le monde s’écroulait
Si le monde entier disparaissait
Il ne serait pas troublé pour autant
Car il comprend ce qui est essentiel
Il est pour de bon
Retourné à la source

Ts 25

Les sages anciens ne se souciaient pas
Du temps qui passe
Ils n’étaient pas nostalgiques du passé
Ils ne connaissaient pas le futur
S’ils commettaient une erreur
Ils la corrigeaient et poursuivaient leur chemin
Ils ne s’attribuaient pas le mérite de leurs exploits
Ils n’éprouvaient pas de vertige dans l’escalade
Ils ignoraient la peur en touchant le fond
Ils étaient chez eux partout dans le monde
Ils étaient conscients
Moins Ils en savaient mieux ils comprenaient
C’est ainsi qu’ils incarnaient le Tao

Ts 24

Un jeune disciple osa dire à un maître :
« Regardez cet arbre
Son tronc est tordu et noueux
Personne ne peut en tirer une planche droite
Les branches sont si biscornues
Qu’aucun charpentier ne peut les regarder
Votre enseignement ressemble à cet arbre
Grand et inutile »
Le maître répondit :
« Un lynx se laisse prendre au piège
Le yack est énorme ce qui fait qu’il ne peut attraper de souris
Ton arbre est inutile
Sauf pour celui qui s’abrite à son ombre
Il est inutile
Rien ne peut lui faire du mal »

Ts 23

Va au delà de toi
Va au delà du monde
Va au delà de toute existence
Lorsque tu arrives aussi loin
Tu brilles de la clarté originelle
Tu es conscient d’être seul
Dans le vaste univers
Les choses ne sont rien d’autre que toi
Tu entres dans l’absence de temporalité
Là où il n’y a ni être ni non-être

Le sage demeure serein
Au milieu des perpétuelles métamorphoses
Rien ne peut le troubler
Rien qu’il trouve inacceptable
Il accueille tous les êtres
Il observe leurs comportements
Le sage reste ancré dans le réel

Ts 22

Profits et pertes, santé et maladie
Succès et échec, naissance et mort
Ces mouvements sont le monde
Qui se transforme constamment
Ils s’évanouissent l’un dans l’autre
Sans que nous sachions comment cela se passe
Le sage maintient son équilibre
Quelque soit l’opposé auquel il se confronte
Il laisse se poursuivre les mutations
Il ne se fie qu’au réel de fond
Pas à la réalité sociale
Le sage se concentre
Il ressemble à l’océan
Les vagues animent la surface
En profondeur le calme règne

Ts 21

La vision rectiligne de la lumière
Que nous devons à René Descartes
Me passionne mais je ne sais pas
Comment ça marche comment c’est possible
Face au monde je suis souvent comme ça
Crédule et incrédule
Je ne suis pas le seul
Je suis trop occidental pour entrer dans le Tao
Je suis trop humain pour ne pas être tao
Mais le Tao n’est pas k.o..

Ts 20

Tu sais qu’on vole avec des ailes
Mais peut-on voler sans ailes ?
Tu connais le savoir qui sait
Mais connais-tu le savoir qui ne sait pas ?
Une fenêtre n’est jamais
Qu’un trou dans un mur
Par cette embrasure pénètre la lumière
Qui remplit une pièce
Lorsque l’esprit est ouvert et libre
La vie se déploie sans effort
Le monde s’emplit de lumière

Ts 19

Je m’en vais vous conter
La belle histoire des anciens maîtres
Ils dormaient sans rêver
Ils se réveillaient sans souci
Leur respiration était profonde
Leur nourriture frugale
Ils ne s’accrochaient pas à la vie
Ils faisaient face à la mort
Sans idée préconçue
Ils n’oubliaient pas leur origine
Ils ne cherchaient pas quelle serait leur fin
Ils recevaient la vie comme un cadeau
Qu’ils rendaient avec gratitude
Le visage serein et l’esprit souple
De sang-froid dans la crise
Chaleureux en amitié
Equilibrés comme les quatre saisons
Leur liberté restait sans limites
En harmonie avec le Tao