A.B.I. XV

Mes livres n’ont pas eu droit à beaucoup de compte-rendus. Il y en a eu un seul pour « Pour l’histoire ». Faible sur les concepts, il se concluait sur la formule : « Un livre irritant et intéressant ».
Mon livre continuait par « la séquence pré-capitaliste : esclavagisme et féodalisme », opposée à l' »asiatique » par un rôle qualitativement supérieur de la propriété privée. L’Etat n’est plus une classe-Etat, mais un organisme spécialisé qui représente les propriétaires à titre privé.
La définition la plus générale de l’Etat : un collectif hiérarchisé et centralisé qui tend au monopole de la coercition jugée légitime sur une population et un territoire donnés.
La Grèce classique et la féodalité médiévale se caractérisaient par la pulvérisation de la société en de multiples cellules sociales indépendantes ou autonomes.
Le mode de production esclavagiste de l’Antiquité est probablement unique dans l’Histoire. Il est caractérisé par des propriétaires à titre privé qui se procurent la totalité de la personne du travailleur. L’esclavage y a toujours coexisté avec d’autres formes d’exploitation.
A Sparte les citoyens-soldats ont réduit d’autres Grecs, les Hilotes, à ce que j’appelle aujourd’hui un servage d’Etat. Entre servage et esclavage la frontière est poreuse.
Au V° siècle avant J.C., à Athènes la marchande, même les citoyens pauvres étaient pleinement citoyens en servant sur les galères. « L’impérialisme » était devenu nécessaire à la « démocratie ». L’esclavage domestique, la possession d’un ou deux esclaves, était répandu.
La formation économico-sociale de l’Antiquité finissante était un mélange de post-esclavagisme, de pseudo-asiatisme et de proto-féodalité ! !
La féodalité est une couche sociale qui se définit comme une hiérarchie de clientèles, à but principalement militaire, de personnes inégales en pouvoir et en statut, de rapports d’homme à homme, de contrats inégalitaires…
Je proposais de distinguer trois grands types de féodalité, la féodalité clanique et tribale, typique du mode de production « communautaire », la féodalité « asiatique » se substituant à l’appareil d’Etat, la féodalité féodaliste, la seule à caractériser un mode de production, le féodalisme.

LEG 6

Les futurs Grecs, rameau des Indo-européens, entrèrent dans la future Grèce. Ils rencontrèrent des influences de la riche civilisation minoenne, issue de la Crète. Ils furent séduits au point d’en copier l’écriture. Les palais crétois étaient pacifiques. Les Grecs érigèrent des remparts à Mycènes et ailleurs. De nouvelles vagues de Grecs renversèrent cette tentative. Des Doriens prirent même la mer pour détruire ce qui subsistait de la charmante civilisation crétoise. Une phase de troubles aboutit vers l’an mil avant votre ère à une évolution nouvelle vers l’invention grecque, la Cité-Etat, de petits Etats gouvernant des « citoyens » !
Le Japon était déjà constitué quand il prit contact au delà des mers avec l’immense Chine. Emerveillé il essaya de l’imiter le plus possible, créa même un empire, une dignité impériale, qui dure encore. Mais les communautés de base, les féodalités tribales et autres résistèrent. Vers l’an mil après le Christ un profond changement des institutions s’esquissa. L’empereur, le mikado, finit par perdre presque tout pouvoir réel tout en conservant sa dignité religieuse. Les seigneurs de toutes sortes gouvernèrent désormais le Japon qui, plus que jamais, maintint son originalité.
A noter, sans tomber dans un mécanisme quelconque, que ni la Grèce, ni le Japon ne sont d’immenses territoires continentaux, mais des iles aux vallées étroites. N’oublions jamais la géographie historique !

Leg 5

Le Sahara avait été verdoyant. Le désert ne cessait de progresser. Réfugiés sur les bords du Nil des hommes réinventèrent l’agriculture, sur le modèle du Proche-Orient, sans quitter l’âge de la pierre polie. La grappe de petites communautés distribuées le long du fleuve chercha son unité d’abord en deux entités, du Nord et du Sud, puis dans le seul pouvoir du Pharaon, puissamment étayé par une religion polythéiste, guidée par le culte du soleil, dès la fin du IV° millénaire avant l’ère chrétienne.
La Chine du nord développa une riche agriculture de céréales, dont le blé, grâce à la fertilité naturelle du loess. Une lente évolution, remarquable par sa continuité, posa le problème de l’unité de cette riche communauté de villages. Cette Chine rurale imposa sa marque à ce qui devenait une remarquable civilisation. L’âge du bronze fut brillant sous la domination tutélaire d’une première dynastie historique au II° millénaire avant le Christ. La Chine se constitua définitivement au Ier millénaire avant J.C. avec le Yi king, Lao-tseu, l’auteur présumé du Tao tö-king, Confucius, puis la véritable unification impériale. Elle commença la conquête de la Chine du Sud, celle du riz.
L’histoire des Amérindiens fut plus tardive. Les incas et les Aztèques, successeurs de nombreuses sociétés, étaient très récents au XV° siècle de notre ère. L’empire des Aztèques apparait fragile. ils connaissaient le cercle, ignoraient la roue, connaissaient l’or, ignoraient les métaux utiles. Il gouvernait trop de peuples différents dont certains n’hésitèrent pas à aider l’entreprise des « conquistadores » qui devait les détruire.

A.B.I. XIV

Le précédent A.B.I. a été publié le 3 / 9 / 2016
Nous poursuivons notre lecture du deuxième chapitre de « Pour l’histoire » qui porte sur les sociétés « asiatiques ».
je présumais que de façon générale les formes « asiatiques » procèdent au « gel des communes », conservent les communautés, généralement villageoises, de base. Ceci dit l' »asiatisme », loin de n’être que primitif, peut être très « civilisé ». En aucune manière il n’échappe à l’Histoire.
Les cas de M.P.A. sont nombreux et divers. Par exemple en Mésopotamie le drainage était important à côté de l’irrigation. C’est en Inde que l’autarcie des communautés villageoises a été peut-être le plus marquée. Ce cas proposerait une logique « mécanique », la Chine serait plus « organique », qualificatifs que j’empruntais à Emile Durkheim.
Le secteur marchand peut être développé, les villes apparaissent pourtant « parasitaires » par rapport aux campagnes. Partout la tendance est forte à une « stabilité structurale », grâce en grande partie à ce fameux « gel des communes ».
Il ne faut pas sous-estimer le rôle du politique et pas seulement dans ses « tempêtes ». Par exemple des « féodalités » se glissent dans le modèle.
j’insistais sur l’étonnante diversité du monde musulman. L' »asiatisme » est celui d’empires mais aussi d’Etats-palais comme en Mésopotamie antique au III° millénaire avant le Christ ou d’Etats-cités comme en Phénicie au début du premier millénaire avant notre ère.
Je distinguais les formes de pouvoir, « traditionnel », « charismatique », « bureaucratique-légal ». Je m’inspirais donc de Karl Marx, mais aussi d’Emile Durkheim déjà cité et de Max Weber. L’Etat « traditionnel » reste enserré dans les traditions culturelles, l’Etat « charismatique » se réfère au personnage, à la personnalité, à la personne du chef, l’Etat « burreaucratique-légal » dans mon esprit, concernant les « asiatismes », est dominé par une élite lettrée, comme les mandarins confucéens en Chine.
J’insistais pour finir sur le « para-asiatisme » de la Grèce mycénienne et du Japon.

LEG 4

Cette petite histoire daterait d’après les spécialistes d’environ 352000 années avant notre ère. Le garçon aurait quatorze ans. Les noms sont créés artificiellement par ordinateur :

Je suis nu Nous sommes tous nus Surtout les femmes. Leurs seins sont toujours à portée de vue Malheureusement notre pays d’aujourd’hui est froid Nous ne sommes nus que l’été
Nous travaillons dur Ma spécialité c’est les grillons bien croustillants
J’ai eu droit à ma mère la nuit dernière il n’y avait pas d’homme de son âge dans le coin
Notre jeunesse est courte Nous avons vite l’air de vieillards
J’aime Tipli Elle a mon âge elle est toute mignonne Mais le vieux Kloklo la prise sous son aile C’est trop injuste Il n’a que quelques saisons de plus que moi
je dois encore aller aux grillons
Ma mère n’est pas ma mère Personne ne sait vraiment qui est sa mère
Nous nous entendons bien dans le groupe Nous sommes aussi nombreux que les doigts de plusieurs mains
Mais Kloklo prend des airs de chef il n’en a absolument pas le droit
Les grillons se font plus rares j’ai faim Heureusement quelqu’un va bien me donner à manger
Je vois de loin Tipli Je la trouve très belle Je la suis Elle va aux nèfles je crois Je la rattrappe Gentiment elle se laisse faire
J’ai changé d’occupation Je cherche des champignons
Dans le groupe on n’aime pas les hommes verts Je ne sais pas pourquoi on les appelle ainsi Ils n’ont rien de vert
J’ai proposé à Tipli de fuir avec elle A ma grande joie elle a accepté Nous allons fonder un autre groupe loin de Kloklo et de ses pareils
Mon seul problème je ne sais pas bien chasser

Leg 3

Dans nos petits groupes, collectifs et familiaux, la sexualité était le principal divertissement sans règle pré-établie, sinon par des habitudes naturelles.
Il a fallu se rendre compte du rôle de l’homme dans la procréation. La famille était née. La tendance générale a été de passer de la polyandrie, du droit de la femme à plusieurs hommes, à la polygamie officielle ou officieuse. La tendance était ainsi à la soumission, du moins apparente, de la femme à l’homme.
On s’aperçut aussi que les groupes qui se livraient aux joies de l’inceste connaissent une dégénérescence vite irrémédiable. Des interdits surgirent rapidement fondamentaux dans les petites vies humaines. La prohibition de l’inceste devint universelle, à la fois naturelle et culturelle.
La contradiction fut fréquente entre les familles et la collectivité. Elle se perpétue de nos jours. Le collectif, familial et social, s’impose, la collectivité, la société, s’impose.
L’être humain a d’autant plus d’imagination que les interdits l’emprisonnent. Cette imagination est souvent illusoire, elle n’en est pas moins nécessaire.
Entre animaux déjà il y a de la tendresse qui passe surtout par des caresses. Les êtres humains ont développé les pratiques de l’amour du baiser sur la bouche à la poésie enflammée.
Ils ont essayé de s’emprisonner les uns les autres dans des rites personnels et sociaux. La haine a souvent succédé à l’amour.
Le développement du langage a été aussi celui du mensonge. La raison humaine a été instrumentale, pratique mais aussi poétique, c’est-à-dire créatrice.
Les difficultés de la sexualité ont entrainé des procédures de refoulement, les parties sexuelles sont devenues honteuses. il y a souvent des reprises de sens par amour, par plaisir. Mais de lumineux, de solaire, le sexe est souvent devenu obscur, nocturne. Au pire il est bestial.
Ces processus primitifs restent fondamentaux aujourd’hui. L’humain est un animal et quelque chose d’autre. C’est à nous de fabriquer ce quelque chose d’autre. C’est notre liberté.

T.W.R. 90

Je suis un boeuf
Assidu à son aire
Un bos suetus
Un Bossuet ?
A la différence de l’orateur
Sublime des idées communes
je suis un piètre défenseur
D’une banalité
Moins commune qu’on ne le croit
Tout irait peut-être mieux
Si j’étais taoïste
Dans ma pratique
Mieux que dans le Tao tö-king
Que pourtant j’ai adapté
Avec beaucoup de plaisir

P.S. : Sur le Tao voir mon blog en août 2016 et mon petit inventaire de ce blog le 7/9/2016

T.W.R. 89

A l’instar du Petit Poucet
Je laisse des miettes de pain
Mais les oiseaux les dévorent
Je jette des cailloux
Impropres même au gésier des oiseaux
Mais indestructibles
Très indigestes

Je suis un pommier
Qui produit des pommes
Sans y prêter garde
Elles tombent à terre
Personne n’en veut
Même pas les oiseaux
Il suffirait qu’une personne distinguée
En goûte une
Pour que mes pommes soient sauvées

T.W.R. 88

On dit que la culture s’oppose à la nature
Ce n’est pas faux sauf si l’on considère
Que la culture puise dans les tréfonds de la nature
Que la nature s’immisce
Dans les formes les plus raffinées de la culture
Pas de culture sans nos cinq sens
Pas de nature sans nos cinq sens
Considérez l’art du nu dans la peinture

Par essence nature et culture
Sont la même chose de deux points de vue différents
Ou plutôt deus entités qui peinent à se rejoindre
N’oublions pas cependant qu’il est licite
De prendre l’humain
Pour un être artificiel

Pour certains le refuge de la nature est la femme
La haute culture étant réservée aux hommes
Ceci est une hérésie
Mais il faut dire que la nature chez la femme
A beaucoup de charme
Surtout quand il est aidé par l’art

Nature et culture s’entremêlent à n’en plus finir
On peut les séparer voire les opposer
A titre d’hypothèse de travail

Leg 2

Par petits groupes nous errions dans la savane. Notre taille se redressait peu à peu, nos mains étaient de plus en plus adroites, nous apprenions à fabriquer des outils…Notre langage se perfectionnait, de vagues inquiétudes apparaissaient sur la mort, le sens de la vie au delà des simples apparences…
Nous étions des chasseurs et des cueilleurs… Peu à peu les femmes se spécialisaient dans la cueillette, moins fortes sur le plan musculaire, entravées par leurs grossesses, les enfantements, l’allaitement.. Il leur arrivait de chanter et de danser en cueillant…
Les femmes sont de fines observatrices. Elles apprirent à sarcler pour éliminer les mauvaises herbes, elles repérèrent les bonnes semences… L’agriculture était née.
A force d’observation nous avons appris à domestiquer le feu
Nous avions quitté la savane africaine. Nous errions dans les steppes du nord-ouest, attrapant une belle couleur blanche, nous errions dans les steppes du nord-est, attrapant une belle couleur dite jaune, en fait cuivrée…
Après la dernière glaciation, dans le croissant fertile du Proche-Orient, les femmes mirent la dernière main à l’agriculture. Nous étions désormais plus nombreux, plus sédentaires, nos croyances s’affirmaient sur le royaume des morts, les puissances élémentaires, la religion aussi était née. Les hommes transformaient leur puissance de chasseurs en pouvoir de guerriers, l’Etat était né accompagné de son armée, légitimé par des rites religieux…
Réduites à la sphère domestique dont elles devinrent les maîtresses, les femmes gardèrent le prestige de leur fécondité. Les hommes, grâce à leur travail de paysans et d’artisans, gardèrent leur humanité menée par leur spécialisation secondaire dans le pouvoir.