Lyr 50

Chaque pas m’apporte une nouvelle fraîcheur
J’aurais bien besoin de ta présence
Je lave mes vêtements dans l’eau douce
Hors des nuages j’entends coqs et chiens

La lune veille sur nos rencontres
Je gravis le mont en quête de la pureté
Pas à pas je me rapproche
De la nature non révélée

Le firmament purifie les montagnes
Le couchant éclaire le fleuve
La porte garde la beauté de l’heure
La lune émerge déjà du crépuscule

Le maître lointain vit dans une hutte
Sa sente est suspendue
Au flanc du pic solitaire
J’aperçois la lueur de sa lampe

Lyr 49

Au coeur de l’errance
Je cherche des retrouvailles
Les animaux souvent
S’assemblent puis se séparent

Jamais lassé de la marche
J’avance au gré de mon plaisir
Je m’égare volontiers
Dans les verts sentiers

Ma pensée est tendue vers les cimes
Les atteint-elle seulement ?
En attendant je m’égare
Dans les verts sentiers

Une cigogne me guide
Un singe m’appelle
Un tigre me guette
Je suis bien gardé

Lyr 48

Seul en voyage
Je ne regrette rien
Je trempe mes cheveux
Dans la source fraîche et claire

Je me laisse retenir par le clair de lune
J’ai en tête la figure du vieux pêcheur
Avec son chapeau conique
Sa courte barbe d’un blanc éclatant

Le vieux pêcheur est calme et immobile
Il ressemble à une aigrette sur le sable
Nous n’avons en partage
Qu’un coeur de nuage

L’espace est sans limites
Les feux s’éteignent
Tout attend l’aube
Mon errance n’est pas celle des oiseaux

Lyr 47

Au pied de ma masure
Un sentier longe la rivière
Les brumes lumineuses
Se déchirent en choeur

La porte de bois
S’ouvre sur le calme
Accompagné de la lune de montagne
L’âne revient en brayant

L’étang aux lotus rouges
Offre une eau qui purifie le coeur
Au delà des mots
Tout est saveur

Bientôt l’aube ourlera
Les monts de l’est
Aux dépens de la voie lactée
Je savoure mon thé d’émeraude

Lyr 46

L’eau est glaciale
Le vent lacère la peau
Sur l’étendue de sable
Le soleil s’attarde

Ici les siècles se recouvrent d’une poussière jaune
La savane est fleurie par des ossements blancs
Un tapis de mousse rouge
Me sert de jardin

Les fenêtres en montagne
Regorgent de verdure
Je t’envie de prendre ton vin
Au milieu des papillons voltigeant dans ton rêve

L’oie sauvage aspire au bleu du ciel
Elle n’a pas besoin de l’air
Pour s’élever dans le vent
Elle s’abrite derrière un nuage

Lyr 45

Un maître sans maîtresse
Habite un mont boisé
Ses volets sont ouverts
Les vallées seules ondoient

A l’heure du couchant
L’ombre verte s’étend
Elle épouse la pureté
De l’âme qui lui appartient

Deux vieux amis m’accueillent
Elle prépare le poulet et le millet
Je regarde la rangée d’arbres
Qui clôture le village

Le mont bleu s’incline Un pic s’élance
La table est mise dans la cour ouverte
Une coupe en main on bavarde
Je reviendrai pour jouir des chrysanthèmes

Lyr 44

Une jeune femme est éblouie
Par ce jour de printemps
Elle regrette juste
L’absence de l’amant

Elle ignore la justesse
Elle monte sur la petite tour
Elle regarde les saules
Qui l’accompagneront sur son chemin

La cour est remplie de mousses
Toute parole a cessé
Dans l’air un étrange parfum
Fait penser à l’amante

Pour abreuver mon cheval
J’entre dans l’eau claire
C’est un pur délice
De sentir la rivière respirer

Lyr 43

La barque s’amarre
Combien d’arbres pour une barque ?
Les collines s’assombrissent
Le soleil déménage

La fraîcheur vient de l’ouest
Avec le vent et la source
Les oiseaux de brume
Ont pour compagne ma guitare

Les bûcherons s’immobilisent
L’ouïe humaine s’emplit
De vent et de source
J’espère toujours ta venue

Au bout du sentier herbeux
La lune s’approche des humains
Il me faut bien mes deux mains
Pour t’accompagner à la cithare

Lyr 42

Il porte des cheveux blancs
Le pêcheur à la ligne
Il ne bouge pas de son petit banc
Il ne regarde que la rivière

La jeune lavandière
Penchée vers l’eau
Montre les jolis fruits de son corsage
Elle ne s’intéresse qu’à son travail

La rame isolée
Porte des habits neufs
La jeune lavandière apprécie
Le vieillard aussi

Les cheveux blancs et le joli corsage
Echangent un bref sourire
Leurs regards se croisent
Que de paroles en un silence pudique !

Lyr 41

A toi l’errance
Perpétuellement en partance
Pour les vains tumulus
Marques funèbres de la vie

J’ôte mon épée
Elle pèse à mon flanc gauche
Je suis droitier
Un coeur droit bat à gauche

J’ôte cette épée que j’offre
Elle vaut plus que son poids d’or
Elle m’a déjà sauvé la vie
Je te la donne à toi Belladone

Ce qui reste de lumière solaire
Flatte les îlots de la rivière
C’est merveille d’être porté par l’eau claire
C’est délice d’évoluer au milieu de toute chose