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    D’un vers à l’autre/Da un verso all’altro

    D’un vers à l’autre

    Nous tissons

    De nouvelles chaînes

    Nos mains

    Toujours tremblantes

    Jamais ne perdent le fil


    Lucides et dignes

    Ou étincelantes de folie

    Nous avançons

    Entre vibration cinétique

    Et mémoire des signes


    Condamnées au mutisme

    Nous laissons nos censeurs

    Hors de la ronde

    Déchiffrer nos vers

    Comme on déchiffre

    Le monde


    Tisseuses pudiques

    Ou fileuses débridées

    Nous exerçons l’art

    De la trace et de la filature

    Interdit aux non-initiés

    ************************

    Da un verso all’altro

    Noi intessiamo

    Nuove catene

    Le nostre mani

    Sempre tremanti

    Non perdono mai il filo


    Lucide e degne

    O scintillanti di follia

    Noi avanziamo

    Tra vibrazione cinetica

    E memoria dei segni


    Condannate al mutismo

    Noi lasciamo i nostri censori

    Fuori dal girotondo

    Decifrare i nostri versi

    Come si decifra

    Il mondo


    Tessitrici pudiche

    O filatrici sbrigliate

    Noi esercitiamo l’arte

    Della traccia e della filatura

    Interdetta ai non-iniziati

    Maria Zaki, Traduction de Mario Selvaggio, Extrait du nouveau recueil ” Au-delà du mur de sable / Oltre il muro di sabbia”, Edizioni Universitarie Romane, 2018.


    Sur le concept de l’aimance

    Image : Sur les dunes de l’aimance (2)

    J’ai adhéré au concept de l’aimance, comme à un legs précieux de mon mentor Abdelkébir Khatibi ; un don et une trace à la fois. Je la considère  comme une langue singulière, une notion inventive et une démarche exigeante ayant pour but de guider les personnes dans le jeu complexe et délicat des attirances humaines, sans renier leur altérité. Dans le mot « aimance », il y a la notion d’alliance mais aussi celles de la mouvance et du renouvellement qui permettent de transformer l’amitié ou l’amour en un art de vivre la rencontre.

    Dans l’aimance, on ne se repose pas sur ses acquis, on continue à prendre soin de la relation d’amitié et à se remettre en question car l’aimance se réalise dans la dynamique et le renouvellement.

    L’aimance repose sur l’affection sans confusion, l’écoute de l’Autre, la sollicitude en gardant une distance appropriée et la loyauté, tout en respectant la singularité et la différence de l’Autre.

    L’aimance permet de transformer l’attraction affective, le désir et la charge passionnelle que « le fait amoureux » engendre, en un champ matériel ou immatériel, où l’on libère sa force créative, sachant que « le manque à être » ne peut être comblé que par le passage vers le champ de l’art et de la navigation symbolique. Dès lors, on s’inscrit dans la volonté de penser la rencontre afin de supporter l’inéluctable écart entre le désirant et l’objet de son désir.

    Maria Zaki

    Qu’est-ce cet oiseau ?

    Elle cherche un interprète

    Au revers de l’hiver

    Et fait naître une saison

    Inédite puis s’y perd


    Qu’est-ce cet oiseau

    De l’intelligence

    Relationnelle

    Qui vole librement

    Dans l’intemporel

    De son cœur ?


    Amoureuse de son mystère

    Elle prend soin du champ

    Et de la roseraie

    Sans pour autant

    Oublier le désert

    Maria Zaki (Extrait de “Le chant de l’aimance”, 2018)


    Jusqu’à l’invisible

    A la lueur d’une bougie

    Qui fleurit dans le noir

    Le poète convie

    Les absents de ses jours

    Au jeu de la survie


    L’invite est sincère

    Et l’illusion

    Jamais ne s’évanouit


    L’affiliation spirituelle

    Veille sur l’inachevé

    Dans l’accompli


    C’est un pari

    Lent et discret

    Qui se poursuit

    Jusqu’à l’invisible

    Maria Zaki (Extrait de “Le chant de l’aimance”, 2018)

    Pleine de vie

    Tu fermes les yeux

    Et laisses venir

    A toi tous les vents

    De la mémoire


    Entre ceux qui

    Surgissent des racines

    Et ceux qui vers le haut

    S’obstinent

    Se dresse un espoir


    Une silhouette

    Inexplorée

    Mais pleine de vie

    S’y reflète

    En aide-mémoire


    Tu te demandes

    De quoi

    De quand

    De qui

    Elle est faite


    Est-ce

    Un souvenir tenace ?

    Une pensée fugace ?

    Ou une forme que tu as

    Toi-même dessinée ?


    Tantôt sage

    Tantôt pro-vocatrice

    Elle réitère

    Ton goût de vivre

    Et ton envie de rompre

    Les digues des solitudes

    Maria Zaki (Extrait de “Le chant de l’aimance”, 2018)

    Irréfutable

    C’est le moment de lire

    Le tatouage de la mémoire

    Comme on lit

    Les lignes de la main

    Ce qu’on s’avoue

    A peine

    Nous bouleverse


    Le signe caché

    Qui manifestement

    Coule dans nos veines

    Réclame l’art

    Dans la pensée

    Et de l’infini

    L’ivresse


    D’aucuns

    D’ici et d’ailleurs

    Nous ont crus victimes

    D’autres nous ont pris

    Pour des coupables


    Mais l’ordre spatial

    Du symbolique

    Revient sans cesse

    Irréfutable

    Maria Zaki (Extrait de “Le chant de l’aimance”, 2018).

    Toile en gestation

    En idées et en actes

    Se dévoilent peu à peu

    La toile en gestation


    Les mots cursifs

    Ouvrent le chemin

    Aux traits envoutés

    Du signe


    Savoir et hasard

    Se déploient

    Dans des dimensions

    Voisines


    Et les couleurs

    De leur étendard

    Donnent vie à l’inexploré

    Dans les possibles

    De l’Homme

    Et l’ouvert de l’Art

    Maria Zaki (Extrait de “Le chant de l’aimance”, 2018).

    A plein chant

    Que fait l’oiseau

    De son désir pensant

    En attendant l’arbre ?


    Le cœur à découvert

    Il porte l’espoir

    De la rencontre

    Entre ses ailes

    Dans l’orbe du ressenti


    Et prend le vent

    Dès l’aube en invoquant

    A plein chant

    De mystérieuses litanies


    De loin leur clé

    Nous est inaccessible

    Mais de près

    Nous comprenons

    Que ce que nous prenons

    Pour une complainte

    Est en fait

    Un dessein prescrit

    Maria Zaki (Extrait du nouveau recueil de poèmes “Le chant de l’aimance”, Préface de Hassan Wahbi, éd. L’Harmattan, 2018).

    Dans le leurre de l’oubli

    Dans le leurre de l’oubli

    Des échos

    Des parfums

    Des impressions

    Reviennent avec

    Plus d’obsession


    Des fragments

    De vie ou de mort

    Se profilent

    Ici et ailleurs

    Dans l’espace en nous

    Aménagé

    Pour le présent


    Le balancier

    Des sauvages régions

    Revient toujours


    Rien d’intentionnel

    Ne coupe

    Le fil responsable

    D’un tel mouvement

    Maria Zaki (Extrait de “Et un ciel dans un pétale de rose”, 2013).

    Imperturbable

    Quand les oiseaux

    Paisibles planent

    Comme des nuages blancs

    Dans un ciel de printemps

    Et qu’ils se posent

    Sur ses arbres radieux

    Et quand l’hiver

    Règne en maître

    Incontesté

    Quand les oiseaux

    Ont migré

    Vers d’autres cieux

    La forêt demeure

    Imperturbable

    Elle a ses secrets

    Pour déchiffrer

    Les signes portés

    Par chaque saison

    Et prolonger le regard

    Pour percevoir

    Le cycle entier

    Et se fonder

    Sa propre vision

    Maria Zaki (Inédit, 2017).