Ses roses sont d’écume

Par cent mètres de fond

Des étoiles se sont jointes

Aux strates de pierres

Polies par le ressac

Où un noir très noir

Engendre un bleu profond

Prisonnières rebelles

Des vagues sans âge

Se dressent à flanc de roc

Sans jamais résoudre

L’équation temporelle

Seul le lent dépôt de sable

Épouse chaque désir

Douceur du vent

Qui passe anonyme

Sur la plage du temps

Ses roses sont d’écume

Maria Zaki (Inédit, 2026).

Nombreux sont les mirages / Innumerevoli sono i miraggi

Nombreux sont les mirages

Dont le monde nous appâte

Lumières aveuglantes

Et couches de couleurs

Ou ombres profondes

Et strates de ténèbres

Rares sont ceux

Et celles qui devinent

L’envers du décor

Ou qui découvrent

Le pot aux roses

Sans siffler

La coupe pleine

De dégoût ou de désespoir

**************************

Innumerevoli sono i miraggi

Verso i quali ci attira il mondo

Luci abbaglianti

E strati di colori

O ombre profonde

E cappe di tenebre

Rari sono quelli

E quelle che presagiscono

Il dietro le quinte

O che scoprono

Gli altarini

Senza dissentire

La coppa piena

Di disgusto o disperazione

Maria Zaki, Traduction de Mario Selvaggio, Extrait de Au dédale de l’âme – Nel labirinto dell’anima – Maria Zaki , Edizioni AGA-L’Harmattan, 2021.

Espoir, es-tu là ?

Par beau comme

Par mauvais temps

Entre le clair et l’obscur

Je me faufilerai malgré

Les bruits inquiétants

Dans un flot de douceur

Aux sages comme aux fous

J’accorderai malgré tout

Des forêts de songes

Et malgré les ronces

Je leur offrirai

Des fleurs d’oubli

Des moments amers

Je fais peut-être partie

Des étoiles enlacées

Sur la poitrine de la nuit

Ou des perles prises

À l’aube elle-même

Au seuil du nouvel an

Dans un étrange éclair

L’on me trouvera dans

Les rayons de soleil

Embrasant les prairies

Ou caché au milieu

Des villes et des cités

Coupable de jeter

Sur les paysages éternels

Mon parfum éphémère

Pour les têtes penchées

À l’unisson

Au-dessus du guéridon

Comme pour les yeux

Qui voient tomber

Les joyaux de la grâce

Du ciel le plus haut

Je serai à l’heure

Le souffle qui me porte

Et le vent qui me chavire

Prolongeront-ils mon mystère

Au-delà de la nuit ?

Balayeront-ils au matin

Des tourments et des chagrins

L’hostile rumeur ?

Maria Zaki (Inédit, 30/12/2025)

Fidèle à toi-même / True to yourself

Je te souhaite d’être

Fidèle à toi-même

Même si cela

Ne va pas de soi

Fidèle à toi-même

Au sens strict

Essentiel

Loin du culte

De la personnalité

Mais dans la diversion des jours

Et leur prétendue diversité

Nul n’échappe à l’impression

De la dispersion de soi

Ne reste que la nécessité

Tangible d’œuvrer

Dans l’atelier collectif

Des peines et des joies

************************

I wish you will be

True to yourself

Even if it isn’t

Self-evident

True to your self

In the strictest

Most essential sense

Far from the cult

Of personality

But behind the screen

Of supposed daily variety

No self escapes the

Sense of scattering

There remains only

The tangible need to labor

On the common floor

Of sorrows and joys

Maria Zaki (Extrait du recueil « A mon fils » « To my son », Traduction de Matthew Brauer, Ed. L’Harmattan, 2023).

L’aube argentée / L’alba argentata

Si fraîche et si belle

L’aube argentée

Avec un air de fierté

Danse à merveille

Au bras de l’océan

Si parfois

Son sourire charmant

Adressé aux humains

S’arrête en chemin

Rien ne noircit

Son regard de cristal

Qui bascule

Du côté du matin

Après le temps

Accordé à la nuit

La lumière se mêle

Aux reflets bleutés

Dans l’immensité

*********************

Così fresca e così bella

L’alba argentata

Con aria fiera

Danza meravigliosamente

In braccio all’oceano

Se a volte

Il suo sorriso seducente

Rivolto agli umani

Si arresta in cammino

Niente annerisce

Il suo sguardo di cristallo

Che oscilla

Verso il mattino

Dopo il tempo

Concesso alla notte

La luce si mescola

Ai riflessi cerulei

Nell’immensità

Poème extrait du recueil Au rythme de l’océan / Al ritmo dell’oceano » de Maria Zaki, traduction de Mario Selvaggio, Aga-L’Harmattan, 2025.

Je ne compte plus

Je ne compte plus

Les traces de pas sur le sable

Leur nombre est devenu

Si grand, si incertain

Que j’abandonne

Mon seul souci

Est de surnager

L’absence et l’oubli

Si mon corps

Couleur de sable

Sait encore nager

Le temps qui passe

Met à nu mes mots

Sur la fragile ligne

Séparant le silence des cris

Comment garder le secret

De fendre les flots ?

Parler haut ou se taire

Jusqu’à la dernière

Goutte d’eau !

Maria Zaki (Entre ombre et lumière, 2007).

L’océan

L’océan : Vois la coque bleue !

Le ciel : Guette les signes !

Le vent : Reste digne !

Le destin : Fais ce que tu peux !

Maria Zaki (Et le cheval se relève, 2009).

Comme une bougie

Loin des miroirs

Aux alouettes

Glisser vers le réel

Et consoler son être

D’un équilibre instable

Et fort fortuit

En dépit des probables

Murmures du passé

Et des innombrables

Trompettes du futur

Vivre intensément

L’instant présent

Avant de s’éteindre

Comme une bougie

Maria Zaki (Extrait de « Le chant de l’aimance », L’Harmattan, 2018).

La langue de l’aimance

Continuer

La phrase de sa vie

Dans la langue

De l’aimance 

Exige l’acceptation

D’être aussi bien

Le faucon du « moi »

Que sa proie 

Se réconcilier

Avec les oublis

Et les carences

Et tenir à distance

Toute forme

De violence

Maria Zaki (Inédit, 2025).

Voici longtemps que nous nous aimons / È da tanto che ci amiamo 

Au bord des flots

Retentissants

Ou dans l’eau profonde

Jouer dans les vagues

Jouer avec les vagues

Voici longtemps

Qu’elles et moi

Nous nous aimons

Quand je vibre

Elles sont le repos

Et quand je me fige

Elles sont le mouvement

Quand le monde me pèse

Elles sont mes ailes

Et quand la vie m’alourdit

Elles sont mon élan

**********************

Al limite delle onde

Sciabordanti

O nell’acqua profonda

Giocare tra le onde

Giocare con le onde

È da tanto

Che io e loro

Ci amiamo

Quando vibro

Sono calme

E quando mi fermo

Sono frenetiche

Quando il mondo mi pesa

Sono le mie ali

E quando la vita mi appesantisce

Sono il mio slancio

Maria Zaki (Poème extrait du recueil « Au rythme de l’océan / Al ritmo dell’oceano ». Traduction de Mario Selvaggio, Aga-L’Harmattan, 2025).